Des enjeux peu sportifs

imageOn peut apprécier le sport et être admiratif du talent des athlètes, sans être dupe de toute la mise en scène des Jeux olympiques, et pas seulement de Sotchi. Pour l’heure, Poutine n’aura pas lésiné sur les moyens afin de faire de ces Jeux un « miroir de la nouvelle Russie », renvoyant une image bien conforme aux pratiques de son régime.

37 milliards d’euros ont été engloutis pour ériger ce« village Potemkine », comme disent les dissidents russes, du nom de ce ministre qui avait maquillé en trompe-l’œil les villages de Crimée lors de la visite de l’impératrice Catherine II en 1787. Un village de 2014 cette fois… de la taille d’un département français, dont l’aménagement fera de ces jeux les plus chers de l’Histoire et dont Poutine présentera d’une manière ou d’une autre la facture aux Russes.

L’envers des festivités ne s’arrête pas là. Plus de 70 000 ouvriers dont de nombreux immigrés sans-papiers ont trimé dans des conditions de quasi-esclavage pour ériger des équipements dont on peut être sûr qu’ils seront laissés à l’abandon une fois les JO terminés. Quant aux habitants expulsés manu militari pour laisser place aux hôtels, autoroutes et commerces, ils n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.

L’envers des Jeux, et pas seulement de ceux de Poutine

En fait, on retrouve les mêmes pratiques déjà dénoncées lors des JO de Pékin ou encore dans la préparation de la future Coupe du monde de Football au Qatar.

Les montants sont colossaux, à l’échelle de chaque pays. Avant Sotchi, toutes les villes organisatrices se sont retrouvées avec des gouffres financiers. Ce fut le cas de Pékin en 2008 (qui avait également expulsé toute une partie de sa population) ou de Londres en 2012, dont la ministre chargée des JO avait déclaré qu’avec le recul la ville n’aurait pas été candidate pour les accueillir ; le cas d’Athènes, en 2004, dont les installations désertées font office de nouvelles ruines archéologiques ou encore de Barcelone, en 1992, pour laquelle les milliards dépensés n’ont été amortis que récemment. Et bien d’autres.

Une pompe à fric bien huilée…

Le président du CIO, Thomas Bach, n’aura cessé de tresser des louanges à Poutine et de garder un silence complice sur le saccage écologique qui a accompagné les travaux ou le traitement des ouvriers sur les chantiers.

Il faut dire qu’en matière de corruption les officiels Russes ont trouvé dans le CIO et les affairistes occidentaux des joueurs à leur niveau. Tous les discours sur les valeurs olympiques n’ont que peu de poids face aux milliards d’euros que se sont partagés les grandes entreprises de BTP, notamment autrichiennes pour cette édition, les élus bien placés et les profiteurs de tous poils.

Derrière les athlètes qui transpirent pour des médailles, d’autres, nettement moins sportifs, sont sur les starting-blocks pour accroître leur chiffre d’affaires comme à chaque manifestation de ce type. MacDonald, qui a construit son premier restaurant à Sotchi, Coca-Cola, General Electric ou encore Samsung n’allaient pas rater l’occasion de nous servir les fables du dépassement de soi et des sacrifices à endurer pour briller et repousser toujours les limites.

…qui parfois se grippe

Les Brésiliens, pourtant grands amateurs de football, ont fini par descendre massivement dans la rue en juin dernier pour protester contre les milliards consacrés à la construction de stades de prestige et la corruption qui accompagne la préparation de la prochaine coupe du monde, au détriment ne serait-ce que des transports publics en pleine déliquescence.

Un rappel que les jeux du cirque ne suffisent pas toujours à étouffer les contestations.

 

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