Documents: la condition des femmes en Egypte

Les articles suivants (les deux premiers sont tirés du « Dictionnaire amoureux de l’Egypte », par Robert Solé chez Plon) donnent quelques repères historiques et une idée de la situation actuelle.

 

Féminisme

La première figure du féminisme égyptien portait tarbouche … En 1899, un juriste de 36ans, Kassem Amin, d’origine kurde fait scandale en publiant au Caire L’Emancipation de la femme. C’est un plaidoyer en faveur de l’instruction. « Nous continuons à élever nos filles comme on le faisait il y a mille ans et nous ne voyons pas que tout est changé autour de nous … La femme a été réduite à un objet au service de l’homme … il ne lui est resté que la fonction d’épouse ou de prostituée ».

Le livre est aussitôt dénoncé par les oulémas d’Al-Azhar, mais aussi par le khédive Abbas Helmi et plusieurs leaders nationalistes, dont Mustapha Kamel. L’auteur sera soutenu, en revanche, par Saas Zaghloul que le soulèvement populaire de 1919 portera à la présidence du conseil.

1919 est une date clé pour le féminisme égyptien : des bourgeoises (voilées) se mêlent (en calèche) aux manifestants pour réclamer l’évacuation des troupes britanniques. Huit ans plus tôt elles avaient revendiqué quelques droits élémentaires pour les femmes au congrès nationaliste d’Heliopolis.

Hoda Chaaraoui (1879-1947) ne tarde pas à entrer en scène. Cette grande bourgeoise revient de loin. Mariée à 13 ans, elle a eu au moins la chance d’épouser un homme ouvert. « Je ne savais rien, même pas le coran. Je soufrais trop de mon infériorité. Alors j’ai demandé à mon mari de m’accorder une séparation ou plutôt une retraite. Il y a consenti. Je suis partie pour nos propriétés de Haute-Egypte. Là, j’ai observé la paysanne et j’ai vu qu’elle était encore plus malheureuse que la citadine. Puis j’ai trouvé la bibliothèque européenne de mon père. J’ai tout dévoré et quant je n’ai plu eu de livres, j’en ai fait venir de France, d’Angleterre, d’Amérique. Jusqu’à l’âge de 20 ans, j’ai étudié, réfléchi, comparé. Puis un jour j’ai écrit au pacha que je me sentait digne de lui. Nous avons donc repris la vie conjugale selon la mode musulmane »

L’Union féministe égyptienne voit le jour en mars 1923. Un revue l’Egyptienne, publiée d’abord en français défend les idées des militantes qui ont ouvert un dispensaire et un ouvroir. De retour du Congrès féministe de Rome, quatre ans plus tard, Hoda Chaaraoui fait un coup d’éclat en retirant publiquement le voile qui lui couvrait le visage.

L’université du Caire admet ses premières étudiantes en 1928, et sept ans plus tard, l’Egypte compte plusieurs diplômées de la faculté de médecine. Un siècle, en somme, après la formation , plus ou moins clandestine, des premières sages-femmes, à l’initiative d’un médecin français, le docteur Clot , engagé par Mohamed Ali. A l’époque on avait recruté des esclaves noires qui n’étaient pas vraiment considérées comme des femmes.

La révolution de 1952 donne beaucoup d’espoirs aux féministes dont la nouvelle génération est incarnée par Dorreya Chafiq. Fondatrice de la revue Bint el-Nil ( la femme du Nil), elle est la prmière femme égyptienne à avoir reçu un doctorat de philosophie à la Sorbonne. Ces militantes qui ont participé à la libération du pays réclament maintenant leur part. Las ! Un sit-in doit être organisé devant le parlement pour obtenir de droit de vote. Il sera suivi d’une grève de la fin de Dorreya Chafiq et de se compagnes. Ce n’est qu’en 1956 que la nouvelle constitution leur donnera satisfaction.

La période nassérienne favorise largement l’émancipation des femmes. Qui entrent, de plus en plus nombreuses, dans la vie professionnelle et la vie politique : première députée en 1957, première ministre en 1962. Des militantes communistes on le triste privilège de subir l’épreuve de la prison, où elles sont toutefois moins maltraitées que leurs camarades masculins.

Naoual El-Saadaou fait trois mois de prison sous Sadate pour raisons politiques. Psychiatre, dotée d’u tempérament bouillant, elle publie des brûlots. Derrière les barreaux, elle écrit sur du papier hygiénique, après avoir emprunté le crayon à sourcils d’une prostituée. C’est la bête noire des islamistes. L’un d’eux tentera sans succès , au printemps 2001, de faire annuler son mariage pour « apostasie ».

La vague islamiste qui traverse l’Egypte ne fait pas l’affaire des militantes féministes, même si elles bénéficient de l’appui implicite de la première dame du pays, Suzanne Moubarak, comme elles avait été soutenues par Jihane Sadate. Le statut de la femme évolue désormais en dents de scie. Et il ya souvent loin entre les lois et leur application. Le Conseil national de la femme, créé en janvier 2000, aurait plus de poids si les représentants du « deuxième sexe ». n’étaient encore ultra-minoritaires au gouvernement comme au parlement.

Mariage

Se marier n’est pas un choix, c’est une obligation. En Egypte tout le monde doit se marier un jour ou l’autre. Le célibat à vie est un état exceptionnel, voire suspect. Encore faut-il pouvoir financer ses épousailles. Il appartient au prétendant, et non à la jeune fille, de fournir la dot (mahr) dont le montant fixe le montant et les modalités de versement. Les fiançailles, puis la noces, donnent lieu à deux séries de festivités ruineuses. Si des gens riches organisent dans de grands hôtels des soirées qui défient l’entendement, les familles plus modestes épargnent pendant des années pour pouvoir marier dignement leurs enfants.

Sachant que de nombreux Egyptiens n’en ont pas les moyens, l’Etat s’est mis à organiser des mariages collectifs. Le premier du genre a eu lieu en 1996 au stade de hockey du Caire. Quelques mille deux cent couples, sélectionnés parmi de nombreux candidats, ont bénéficié d’une cérémonie subventionnée, au cours de laquelle des chanteurs célèbres se sont produits gratuitement. Les heureux élus se sont vu offrir des appareils électro-ménagers, des robes de mariée, des séances chez le coiffeur. Il ne semble pas cependant que cette formule impersonnelle ait beaucoup d’avenir.

Les difficultés de logement et et d’emploi contribuent à retarder l’âge moyen du mariage qui atteint désormais 22 ans chez les femmes et 29 ans chez les hommes. Cela n’empêche pas de nombreuses filles de la campagne d’être mariée avant l’âge de 16 ans et se retrouver mère l’année suivante. Sans compter le trafic d’adolescentes déstinées à épouser de riches Arabes d’autres pays.

Au cours de la nuit de noces, la jeune fille témoigne de sa virginité. Celle-ci va tellement de soi que l’on n’a plus besoin – selon une vieille coutume – d’agiter triomphalement, au petit matin, un mouchoir taché de sang. Au préalable un gynécologue aura peut-être fourni un certificat de virginité, à la demande de la belle-mère.

La différence d’âge contribue à poser l’homme en seigneur et maitre. Selon une enquête réalisée en 1997 par le conseil national de la famille, une égyptienne sur trois âgée de 15 à 49 ans affirmait avoir été battue au moins une fois par son mari. Plus troublant, elles étaient deux sur trois à trouver normal d’être traitée ainsi par leur époux si elles lui répondaient d’un ton déplaisant ou refusaient de remplir leur « devoir conjugal ».

L’inégalité entre les sexes est maintenue par un double privilège masculin : la répudiation et la polygamie, qui sont cependant en recul. Un homme peut toujours changer de femme s’il en a les moyens. En cas d’adultère l’inégalité est flagrante : l’épouse trompée qui tue son mari sera poursuivie et condamnée pour meurtre ; dans le cas inverse, le tribunal estimera que le mari meurtrier a lavé son honneur.

La nouvelle loi sur le statut personnel promulguée en février 2000 a un peu amélioré la situation des femmes. Elles ont maintenant la possibilité de demander le divorce sans consentement du mari, à condition de renoncer à la pension alimentaire. L’obtention du passeport reste soumise à son autorisation, mais s’il refuse de laisser voyager son épouse celle-ci pourra saisir la justice.

A ce propos l’aéroport du Caire avait été le théâtre d’une scène étonnante à la fin des années 70. Un commnandant de bord demanda avec embarras à Mme la ministre des affaires sociales de bien vouloir descendre de l’avion où elle venait de prendre place : son mari ne voulait pas qu’elle aille en mission à l’étranger.

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La situation contrastée des femmes égyptiennes En Egypte, le statut de la femme ne semble guère évoluer 27 août 2009 Nathalie Niel

Si au Caire, avocates et journalistes peuvent excercer librement et ouvertement leur profession, partout ailleurs l’image de la femme se réduit à une ombre.

Dans une récente étude publiée par une université du Caire, les jeunes filles vivant dans les villages, vont de moins en moins à l’école et 66% seraient analphabètes. Cette situation est particulièrement critique en Haute-Egypte, soit dans les régions de Louxor et d’Assouan très prisées par les touristes. Cette étude révèle aussi une dégradation de l’état de santé de ces femmes, notamment durant la grossesse et l’accouchement, en plus des maladies dues à la malnutrition et aux travaux pénibles.

Une Egypte à deux vitesses Comme il existait déjà une Egypte à deux vitesses au temps des pharaons, cette coupure perdure encore de nos jours pour la condition féminine. Ainsi le Dr Magdi Helmi de l’association Caritas constate « On a l’impression de tourner en rond. Il faudrait un profond bouleversement des mentalités pour en finir ». Et elle explique : « par exemple, les autorités déclarent que l’excision est en baisse. C’est faux. 97% des Egyptiennes sont excisées ». Bien que le Ministère de la Santé ait promulgué, voici plus de dix ans, un décret interdisant aux médecins de pratiquer des excisions dans les hôpitaux publics, près de 60% seraient faites à domicile ! Quand on sait que la première interdiction date de 1928, le moins que l’on puisse dire, c’est que les traditions ont la vie dure. Un long chemin Dans ce domaine aussi, la situation n’est pas la même si la femme vit au Caire ou à Alexandrie, dans un milieu cultivé et aisé ou dans un village rural de Haute-Egypte. Alerté par différentes ONG, le gouvernement s’est quand même décidé à agir en créant des villages sans excision. Le Dr Magdi Helmi veut croire qu’une nouvelle génération de femmes va pouvoir profiter de cette expérience « On a remarqué que ces familles commencent à rejeter cette tradition. Des grandes sœurs ont été excisées alors que les benjamines n’ont pas subi le même sort ! ». Malgré tout, le chemin semble être long. Une réalité sociale pesante Si de nombreuses lois sont régulièrement promulguées pour améliorer leur statut, la vie des femmes ne change pas beaucoup. Ainsi en matière de divorce, une nouvelle loi autorise la femme égyptienne a le demander en renonçant , tout de même, à ses droits financiers comme la pension alimentaire et en restituant à son mari la totalité de la dot qu’il avait versée. Cette loi a du mal à être appliquée en raison de la réticence … des juges, masculins, bien entendu ! Comme l’indique Afaf Maréi, psychologue et membre de l’association « Femme nouvelle », « le vrai problème est le fossé énorme entre les nouvelles législations et la réalité vécue par les femmes. » Et d’ajouter : « La situation de la femme ne connaîtra pas de véritable progrès tant que les mentalités ne changeront pas, notamment si tous les jours les familles regardent à la télévision des feuilletons où la femme est maltraitée, considérée comme inférieure et privée de droits ». De nouvelles générations moins ambitieuses Une autre étude dont les Egyptiens sont très friands montre que les jeunes hommes souhaitent épouser une femme voilée qui ne travaille pas. Quant aux jeunes filles, elles ne rêveraient que de se marier avec un homme plus âgé et aisé pour ne pas avoir à travailler ! La nouvelle génération a, semble-t-il, moins d’ambition que la précédente déclare Afaf Maréi, « Les ONG ne peuvent pas changer la société, les médias doivent aussi changer l’image de la femme, mais ce sont surtout les femmes elles-mêmes qui doivent prendre leur destin en main ». Comme en Occident, la femme égyptienne ne doit pas se contenter des acquis mais continuer de lutter pour les conserver. Une chose est sûre, dans les rues du Caire ou d’Alexandrie les silhouettes noires ont tendance à augmenter !

Egypte : Des femmes qui se cherchent via l’Histoire

Source : Al-Ahram Hebdo « Pour une nouvelle lecture de l’Histoire », c’est le slogan majeur de l’Association de la femme et la mémoire qui travaille sur terrain depuis 1995. C’est un groupe de chercheurs de diverses spécialités, droit, sciences politiques, lettres anglaises et histoire, qui a fait le tour des centres de recherches, des tribunaux et des bibliothèques, etc. Sur www.wmf.org.eg/, cette ONG explore un panorama du rôle de la femme dans l’histoire arabe, égyptienne et musulmane. L’idée est née suite aux réformes des lois du statut personnel dans les années 1990. « On entendait toujours le même refrain, à savoir que les droits de la femme sont un agenda imposé par l’Occident. On a dû donc recourir à l’histoire de notre pays pour une relecture du statut de la femme qui a subi un recul. Il était question de prouver que les droits de la femme ne sont pas importés, mais ont des racines authentiques orientales. Le but étant de créer une documentation made in Egypt, inspirée de l’histoire des femmes qui ont participé à la renaissance égyptienne avant même la révolution de 1919 », explique Amina Al-Bendari, membre de l’association. C’est un groupe de chercheurs de diverses spécialités, droit, sciences politiques, lettres anglaises et histoire, qui a fait le tour des centres de recherches, des tribunaux et des bibliothèques, etc. « Lors du travail de recherche, on a découvert l’existence de contrats de mariage datant du XIXe siècle sur lesquels des femmes ont eu le droit d’imposer leurs propres conditions, comme par exemple le fait d’exiger que le mari ne prenne pas une seconde épouse ou ne s’éloigne pas de la ville où réside sa famille et ainsi de suite. Des conditions que la jurisprudence islamique admettait à l’époque », explique Al-Bendari, qui ajoute que cette lecture du passé encourage la femme à se lancer dans la vie pratique, à assumer ses responsabilités et à venir à bout des idées qui empêchent son émancipation. Et pour répandre cette nouvelle culture, l’association a lancé plusieurs projets. Le premier étant de rendre compte du rôle de la femme égyptienne dans le développement du pays. Il existe une tendance qui fait tout pour exclure le rôle de la femme de notre mémoire collective. Le second but est celui d’encourager les associations arabes à faire des recherches sur la femme. « On organise alors des conférences sur le rôle des féministes dans différentes époques, à l’exemple de Nabawiya Moussa, Aïcha Taymour, Qadriya Hussein et d’autres auxquelles l’Histoire a accordé peu d’intérêt et dont les noms risquent de tomber dans l’oubli. On tente alors de faire focus sur le rôle qu’elles ont joué en mentionnant le contexte et les conditions dans lesquels elles travaillaient ». Et pour atteindre un large public, ces activistes ont découvert que la narration est la formule la plus efficace, s’agissant de l’histoire ou même des contes. Il est question de relire le patrimoine égyptien pour corriger l’image de la femme dans les proverbes, les contes, etc. « On a remarqué qu’en racontant à nos filles les contes de fées traditionnels comme celui de Cendrillon, l’image qui en ressort est celle d’une fille soumise qui attend le prince charmant pour la sauver. On rejette cette image, on veut que Cendrillon agisse autrement. Et c’est ce qu’on a fait quant à certaines histoires du patrimoine arabe », explique Amina. Et d’ajouter : « On a relu les contes des Mille et une nuits pour les réécrire autrement et avec une vision plus attentionnée à l’égard de la femme ». De nouveaux contes que les citoyens ont l’occasion d’écouter dans les soirées organisées dans des espaces culturels tels que Saquiet Al-Sawi ou Maison Al-Séheimi. Leur cheval de bataille c’est la loi « Les droits de la femme sont une partie intégrante des droits de l’homme », c’est le flambeau de l’Association égyptienne des droits de la femme. Créée il y a 13 ans, l’association a entamé son action après les élections parlementaires de 1996. « Une véritable catastrophe, puisque le taux de participation de la femme n’a pas dépassé les 2,4 %. 4 femmes seulement sur les 444 députés ont pu siéger au Parlement », explique Nihad Aboul-Qomsane, présidente de cette association. D’où le slogan de l’association qui se concentre sur les droits politiques et juridiques de la femme. « On a constaté que l’Egypte figure parmi les pays les plus rétrogrades par rapport au statut de la femme. On a pu le remarquer en tant qu’activistes lors des préparatifs de la conférence sur la population qui a eu lieu en 1994 », poursuit-elle. L’équipe est composée de 7 activistes, dont 5 avocates. Ces dernières ont suivi une formation et un stage à l’Organisation égyptienne des droits de l’homme. « Nous sommes les filles légitimes de cette ONG. Nous devons relever un double défi : faire admettre la culture des droits de l’homme, relativement nouvelle dans notre société, et inscrire les droits de la femme parmi les droits de l’homme ». Et c’est la raison pour laquelle l’association se considère comme une organisation de défense qui œuvre pour le concept du droit sans présenter un service direct. « On n’essaie pas d’ouvrir une crèche ou de lutter contre l’analphabétisme, mais plutôt de sensibiliser les femmes à leurs propres droits. Et si l’on doit aborder les problèmes de la santé, de l’excision ou de l’éducation, nous faisons automatiquement appel à la loi ». De la revendication du droit à la nationalité pour les enfants de mère égyptienne en passant par les réformes du Code civil, sans oublier les procès de viol, l’association a trouvé un terrain fertile pour faire appliquer son slogan. Mais d’après l’expérience pratique, les obstacles ne manquent pas et il reste beaucoup à faire. L’ONG travaille donc selon une stratégie bien déterminée. L’action sociale a lieu à plusieurs niveaux. Le premier est de travailler en se basant sur des faits. Depuis sa création, l’association a tenu la défense devant les tribunaux égyptiens dans plus de 12 000 procès intentés par des femmes et a accordé 70 000 consultations juridiques. « On étudie à travers les causes présentées les obstacles qui entravent l’accès de la femme à ses droits juridiques et politiques. Par exemple, en ce qui concerne les procès de viol ; bien que ce crime soit passible de la peine de mort, il existe une lacune en ce qui concerne l’application. Ce sont souvent les rapports de médecine légale qui sauvent le criminel. On essaye donc de rechercher les lacunes afin de prouver le contraire », poursuit Aboul-Qomsane. La deuxième étape est la sensibilisation. « Nous avons découvert que lorsque nous aidons une femme issue des couches défavorisées à avoir accès à ses droits, nous réalisons des résultats incroyables. Car celle-ci devient à son tour ce qu’on appelle un exemple et elle joue plus tard un rôle dans son milieu pour répandre la culture des droits de la femme. Grâce à celle-ci, le slogan a un sens » . Un slogan qui en dit long, mais qui doit surtout prendre en considération plusieurs facteurs. « Quand on s’adresse à la large foule, on essaie de ne pas être choquant, il faut surtout respecter les traditions des gens simples et apprendre à parler leur langage ». Pour le cas d’excision, l’association a étudié les motifs de cette pratique. « On a remarqué que les gens n’admettaient pas l’idée de la mutilation et rejetaient tous les discours qui tournaient autour de cette pratique. Mais pour protéger leurs filles, ils y ont recours. Notre rôle est donc de les convaincre que la protection peut se faire autrement ». Les défis sont nombreux car le taux de participation de la femme lors de la dernière élection de 2005 a été de 2,1 %. Mais l’association ne compte pas baisser les bras, surtout qu’il y a de bons indices. Et Nihad Aboul-Qomsane de conclure : « Sans l’effort du mouvement féministe égyptien, on ne pouvait pas avoir une Noha Rouchdi qui a eu le courage d’intenter le premier procès contre un homme pour harcèlement. Aujourd’hui, le harcèlement est une affaire qui intéresse l’opinion publique et personne n’ose plus fermer les yeux et suivre la politique de l’autruche ». Des voix à celles qui n’en ont pas « Pas de concessions sur les droits de la femme », la Fondation de la femme nouvelle ne mâche pas ses mots. Un slogan porté depuis 1984 par un groupe d’activistes de gauche qui a commencé sa lutte dans des conditions difficiles suite à la politique de l’infitah et le départ des Egyptiens vers les pays du Golfe à cause de la mutation socio-économique de l’époque. Des appels conservateurs s’élevaient alors, réclamant le retour de la femme à la maison. « Nous sommes une fondation rebelle qui fait face aux nouveaux changements », explique Nawla Darwich, présidente de la fondation. Cette femme a rejoint l’équipe en 1989. Or, ce groupe fondateur a dû lutter pendant 20 ans pour imposer le statut juridique de la fondation qui a vu le jour en 2004. Lors des investigations sur terrain, la vision est devenue plus claire et le slogan est né autour d’une idée révolutionnaire « Take it or leave it ». « On a remarqué qu’il y avait une certaine liquidation de tout ce qui touchait aux droits de la femme. En lui accordant un droit, on lui en confisque un autre », explique Nawla, en ajoutant : « En 1994, suite à la conférence sur la population, il y a eu un grand scandale quand CNN a diffusé un film montrant l’atrocité de l’excision. Le ministre de la Santé a alors interdit cette pratique, mais pas dans les hôpitaux publics. On a donc intenté un procès contre lui car il fallait l’éradiquer complètement en condamnant tous ceux qui commettent ce crime ». Aujourd’hui, l’association estime que l’Egypte traverse une période décisive. Une occasion que le mouvement féministe ne veut en aucun cas rater. « Le pays connaît une série de mouvements de protestation : grèves, manifestations, mais ce sont souvent des mouvements non organisés qui prennent forme puis s’arrêtent sans atteindre parfois leurs objectifs. Notre but alors est de prendre en main les femmes issues des couches marginalisées pour les aider à s’organiser et à mieux s’exprimer ». Ouvrières, paysannes, femmes victimes de violence, la fondation va à leur rencontre, les soutient et les aide à se défendre. « On est certain que celle qui souffre est la seule à pouvoir décrire ses souffrances. Notre mission alors est de lui offrir une formation, lui donner la chance et les outils nécessaires pour que personne ne le fasse à sa place ». Bien que l’objectif fondamental de la fondation soit de servir ces marginalisées sur terrain, d’autres objectifs se sont imposés sur leur agenda afin de rendre service à ce slogan. « Sur terrain, on a décidé de ne plus considérer ces femmes comme des cobayes pour nos recherches. On a dû faire des films sur les souffrances de chaque catégorie. Des films diffusés actuellement d’un village à l’autre afin de sensibiliser les femmes sur leurs droits ». Et avec le principe « C’est à prendre ou à laisser », la fondation compte ne plus se limiter à son domaine. En effet, toutes les causes de la femme s’entremêlent. Un principe qui s’applique à tous les aspects de la vie. « Une femme battue par son mari ne peut pas participer à la vie politique. Une femme soumise chez elle ne peut pas être épanouie ailleurs », conclut Nawla. La force du facteur économique « Vers une indépendance économique de la femme ». L’Association de l’émancipation et du développement de la femme, une des plus anciennes et des plus importantes ONG présentes sur le terrain, a choisi le vecteur économique. 22 ans d’existence, grâce à un groupe de jeunes féministes et sociologues qui ont décidé de bouleverser le concept de l’action sociale qui signifiait autrefois charité. Sur le terrain, l’ONG a découvert que le taux de femmes soutien de famille est de 23 %. Un taux qui atteint 40 % dans certains bidonvilles où l’ONG opère. Des chiffres qui ont choqué l’opinion publique, accusant ces féministes d’adopter des idées occidentales et d’être loin de la réalité de leur société. « On aspirait à développer les compétences de ces femmes marginalisées. On a été l’une des premières ONG à attirer l’attention des responsables vers ces catégories. On a réussi à imposer la question de la femme soutien de famille, et dont le nombre atteint actuellement 2,5 millions, sur l’agenda du ministère de la Solidarité sociale », explique Iman Beibars, présidente de l’association, tout en estimant qu’au début, le discours de l’association visait « les droits », mais plus tard, il s’est étendu sur « l’existence et la protection », surtout après avoir remarqué que beaucoup de femmes ne possédaient pas de papiers officiels. « Nous avons été la première association à avoir aidé ces femmes, en leur faisant obtenir gratuitement des cartes d’identité ». Or, pour garantir cette indépendance économique, l’association offre aux femmes des emprunts sans intérêts et une formation qui leur permet de gérer leurs petits projets. Le travail a lieu selon un concept bien étudié. « Au début, des membres de l’association allaient sur le terrain et tentaient de pénétrer chaque maison à travers un réseau de volontaires, qui ne sont en fait que des habitants des bidonvilles. En travaillant sur le terrain, on découvre les besoins des femmes de chaque région et on élabore un programme qui répond à leurs besoins, mais qui diffère d’un endroit à un autre », explique Beibars en poursuivant qu’en parallèle, l’association joue le rôle d’intermédiaire en faisant parvenir la voix de ces marginalisées aux responsables. Au cours de deux décennies, l’association a essayé d’élargir son plan d’action hors du bidonville de Manchiyet Nasser, en ouvrant un second siège au Vieux-Caire, rendant service à plus de 12 000 femmes. Semaine du 4 à 10 mars 2009 Par Dina Darwich Al-Ahram Hebdo

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