Editorial bulletins d’entreprise l’Etincelle

Ça balance !

« – Elle balance beaucoup… – qu’est-ce que t’as comme infos… ? euh, euh, ça m’embête de te le dire au téléphone… a priori il y a beaucoup, beaucoup de choses ». Quant à « elle », son mari la prévient : « si je coule, tu coules avec moi… ». Un coup de fil (sur écoutes) typique entre deux voyous. Mais cette fois, il ne s’agissait pas de lascars tout à fait ordinaires, mais de Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur jusqu’en février dernier (qui s’est pourtant fait piéger comme un bleu au téléphone !), et de son compère, Thierry Gaubert, ex-conseiller de Sarkozy.

Quant aux « beaucoup, beaucoup de choses », c’est à faire pâlir de jalousie les mafieux à la petite semaine. Des mallettes de billets transportées en lousdé tous les 15 jours, de la Suisse à Paris, avec détour via l’Angleterre par précaution. Tout cela pour approvisionner (entre autres) en argent louche, les finances de la campagne de Balladur en 1995, via un réseau de copains et de coquins qui perdure bien au-delà. L’argent en question, c’est les « rétro-commissions », autrement dit une partie des pots de vins destinés aux officiels pakistanais pour l’achat d’armes à la France… redistribués aux politiciens français ! Chirac aurait ensuite fait stopper les versements vers le Pakistan pour contrer Balladur. Petit règlement de compte entre amis. Tout cela a abouti à l’attentat de Karachi, en représailles, dans lequel des salariés de l’Arsenal de Cherbourg ont perdu la vie.

Quant à Marine Le Pen, qui fait mine de s’indigner de la pourriture de la république et des financements occultes des campagnes électorales, elle oublie d’ajouter que son père est accusé d’avoir bénéficié de financements du dictateur gabonais Omar Bongo !

Soyons clairs : dans l’affaire en cours, le juge Van Ruymbeke n’épingle que le côté quasi mineur du scandale. Celui des rétro-commissions, considérées comme illégales, donc sous le coup de la justice. Mais le plus beau de l’histoire, c’est que les « commissions », c’est-à-dire les pots de vins permettant d’emporter des marchés d’armements et destinés aux pays acheteurs, étaient parfaitement légales à l’époque et ne tombaient pas sous le coup de la loi !

Bref, tous ces branquignoles de la Sarkozie aujourd’hui sur la sellette, ne sont jamais que les petites mains (grassement rémunérées !), d’un des trafiquants d’armes les plus puissants du monde : l’Etat français ! Quant aux présidents français (et c’était tout aussi vrai sous Chirac, Mitterrand, Giscard et les autres), ce ne sont jamais que les VRP de ces grands choyés de la république que sont les Dassault, Lagardère, EADS, Thalès et autres Sagem.

Etat voyou pour patrons voyous

Le scandale actuel n’est en effet que le sommet de l’iceberg. L’État français défend les intérêts des marchands d’armes, qui comptent parmi les principaux capitalistes. La France occupe le quatrième rang mondial des exportations d’armements, un des commerces les plus lucratifs à l’échelle mondiale. Et tellement prioritaire qu’Angela Merkel (avec l’accord de Sarkozy) a conseillé à la Grèce de ne pas baisser son important budget militaire, au moment où les mêmes Merkel et Sarkozy veulent étrangler la population grecque à coups de plans d’austérité. C’est que l’Allemagne, mais aussi la France, sont les principaux fournisseurs d’armements de la Grèce !

Et pas que de la Grèce. La France a vendu pour 8 milliards d’euros d’armes en 2009 et nombre de dictatures du monde arabe étaient ses gros clients : la Libye de Kadhafi (44,3 millions d’euros), la Tunisie de Ben Ali (31 millions) et l’Égypte de Moubarak (30,3 millions). Ce qui explique que lors de ses premières frappes en Libye, l’OTAN a d’abord atomisé des avions militaires construits… par Dassault. Lequel Dassault, parfaitement cynique, avait répondu à la chaîne Public Sénat que « quand on vend du matériel, c’est pour que les clients s’en servent » (15 mars 2011). D’autres dictateurs encore en place en savent quelque chose et continuent de se fournir auprès du gouvernement français au moment où leurs peuples les défient.

Oui, il faut en finir avec ce système pourri, le système capitaliste.

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