Editorial des bulletins d’entreprise Etincelle

Assassins, complices et hypocrites

 

En Libye, les morts se compteraient en milliers, victimes des bombardements, des combats ou de la répression. Le fils de Kadhafi avait promis de mater la révolte dans un « bain de sang ». Promesse barbare, mais promesse tenue. L’onde de choc des révolutions arabes rencontre ici un obstacle à la hauteur de son ampleur.

Les dirigeants des puissances impérialistes ont bien sûr tous écrasé une larme… de crocodile. Ils seraient « choqués », « horrifiés » ou « effrayés » par la répression. Il n’empêche que le massacre continue, certes pas en silence, mais sans autre entrave que la résistance opposée par la population.

Les dirigeants européens font mine de s’émouvoir de la situation des réfugiés qui cherchent à fuir le pays. Pourtant, l’Union européenne sous-traitait à la Libye la rétention des migrants africains. Elle semblait alors beaucoup moins sensible à leur sort !

« La France a de grands intérêts en Libye ». Kadhafi le dit, Sarkozy préfèrerait qu’on l’oublie. Il avait beaucoup moins de scrupules à s’afficher aux côtés du dictateur quand il s’agissait de signer de juteux contrats. La Libye est un bon client des capitalistes français, à commencer par… les marchands d’armes. En réalité, la plupart des grandes puissances qui font mine de s’indigner interviennent déjà en Libye : elles ont armé Kadhafi, pour des centaines de millions d’euros.

Les grandes manœuvres

Ces derniers jours, le ton est passé des condamnations hypocrites aux rodomontades des grandes puissances impérialistes. Elles envisageraient une intervention militaire en Libye, au large de laquelle mouillent deux navires de guerre américains.

A supposer qu’elles passent à l’acte — une fois les massacres de masse accomplis ! – on sait ce que valent de tels « libérateurs », qui veulent surtout soit mettre un coup d’arrêt à la vague de révolutions qui s’étend dans le monde arabe, soit« libérer »… les champs de pétrole. Comme en Irak ou en Afghanistan, il ne s’agirait pas d’abattre une dictature mais de mettre un pied dans le pays. Vient alors le pillage des ressources du pays, encadré par l’armée. Avec le bénéfice de la démonstration de force devant le monde entier. Peu leur importe que le pays soit un champ de ruines. Qu’il s’agisse de la France, des États-Unis ou de l’ONU, une intervention militaire ne ferait qu’ajouter la barbarie des armées impérialistes à la barbarie de Kadhafi. Pour l’instant il peut bombarder ou tirer à souhait sur son peuple. L’impérialisme interviendrait volontiers pour négocier avec les chefs militaires vainqueurs d’un camp ou d’un autre, mais surtout pas pour que la population insurgée conquière la victoire effective.

Qui sont les vrais amis du peuple libyen ?

Les puissances impérialistes prétendent être bienveillantes face aux révoltes et révolutions dans les pays arabes, tant que les armées nationales chargées de la « transition » de l’après dictature ménagent leurs intérêts. Une bienveillance très provisoire, tant que leur ordre capitaliste n’est pas en cause.

Les travailleurs et les masses pauvres de Libye ont malgré tout des alliés à l’étranger. Pas dans les ministères et les états-majors, mais dans les usines, les chantiers et les bureaux. Il s’agit des travailleurs du monde, qui partagent avec eux le même intérêt. Tout d’abord les travailleurs de Tunisie et d’Égypte, leurs voisins directs, qui se sont soulevés récemment et restent mobilisés. Mais aussi les travailleurs d’Europe, avec qui ils partagent les mêmes exploiteurs.

Aider les peuples arabes à se libérer, cela commencerait par suivre leur exemple. Après tout, le vent venu de Tunisie et d’Egypte donne des idées… y compris aux travailleurs américains, dans l’Etat du Wisconsin, massivement mobilisés contre leur gouverneur qu’ils ont baptisé « Moubarak » Walker. Et les petits dictateurs masqués, ce n’est pas ce qui manque ici non plus, dans les entreprises et les conseils d’administration ! Soyons solidaires de nos frères et sœurs en révolte en ce moment.

La meilleure façon de le faire, c’est encore de s’inspirer de leur exemple en s’attaquant à la dictature. Pas celle d’un colonel ou d’un roi, mais une autre, plus dissimulée, qui se tient derrière pas mal de tyrans de par le monde, et qui vit de notre travail : celle du capital.

 

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