Éditorial des bulletins d’entreprise l’ Étincelle

Que « l’indignation » de la jeunesse soit le prélude à l’entrée en scène de la classe ouvrière !

Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères, a voulu rassurer le bourgeois : il ne croit pas à « un été européen qui ferait suite au printemps arabe », a-t-il dit sur Canal+, interrogé sur le mouvement de la Puerta del Sol en Espagne. Il ne s’est tout de même pas aventuré au-delà de l’été ! C’est pourtant que la question se pose. Et sérieusement.

Oui, les manifestations de la jeunesse espagnole, en passe de faire école en Grèce, en France (et même ailleurs comme au Chili !), apportent un sacré bol d’air frais à tous ceux qui prennent des coups depuis des années et ne voyaient pas d’issue, accablés par le chômage, la précarisation, la dégradation brutale des conditions de vie.

« Sans travail, sans logement, sans retraite, sans peur ! »

Ce mouvement dit du 15 mai, à une semaine des élections locales espagnoles, a fait souffler un vent de liberté et de contestation sur plus de 150 villes du pays. Les cortèges de jeunes, avec ou sans diplômes, avec un petit boulot ou sans boulot du tout, se sont transformés en occupation des grandes places, bientôt rejoints par toutes les générations. Ces jeunes que l’ont disait « apolitiques » et « apathiques », ont été des dizaines de milliers à défiler aux cris de « Sans travail, sans logement, sans retraite, sans peur ! » pour s’en prendre aux plans de rigueur du « socialiste » Zapatero, au FMI, à « la dictature des marchés », en choisissant le bon terrain pour exprimer leur colère : celui de la rue et de la lutte collective, sans s’en remettre au bulletin de vote pour espérer changer leur sort.

En France, le message est le même

Pour l’heure, ici en France, les jeunes n’en sont qu’à des rassemblements plus modestes : un millier dimanche sur la place de la Bastille à Paris, et quelques centaines dans d’autres villes. Comme il y a quelques semaines en Espagne ! Mais le message est le même, même si la configuration politicienne est inversée : ici c’est la droite qui gouverne, et la gauche qui se cantonne dans une opposition respectueuse, pour la même politique. C’est si vrai, que Martine Aubry vient de saluer la candidature de Christine Lagarde au FMI (comme Sarkozy avait intronisé en son temps Dominique Strauss-Kahn !). Ce n’est pas le scrutin présidentiel de 2012 qui changera la donne. C’est sur le terrain des luttes que nous gagnerons si nous sommes suffisamment nombreux pour faire craindre aux patrons et à la bourgeoisie de tout perdre !

Mai 68… mai 2011

Par bien des aspects, ce mois de mai 2011 rappelle les premières manifestations de mai 1968. Les « indignés » d’aujourd’hui ont des idées tout aussi diverses et parfois confuses que les « contestataires » de l’époque. Ce qui après tout est le propre de tout profond mouvement social à ses débuts. Il se cherche puis se précise, se radicalise, au fur et à mesure qu’il se renforce et s’étend. La différence, et de taille, par rapport à mai 68, c’est qu’aujourd’hui les jeunes ne se contentent plus de réclamer la liberté de parole et « l’imagination au pouvoir », mais qu’ils dénoncent d’emblée l’injustice sociale, le chômage et la précarité. Mais l’important et ce qui a ébranlé le pouvoir en place, en 1968, ce fut l’entrée en scène de toute la classe ouvrière, laquelle, en rejoignant les étudiants, a transformé la simple « contestation » en grève générale, cette même grève générale qui paraissait une utopie quelques semaines auparavant.

Alors, aujourd’hui, supposons que l’ensemble des salariés, comme en 1968, rejoignent les jeunes « indignés ». On passerait de « l’indignation » à un profond mouvement de contestation sociale, lequel, vu le contexte insupportable de chômage et d’injustice de classe, pourrait aller bien plus loin qu’en 1968 et se transformer en véritable révolution. Tous les espoirs seraient alors permis. Après tout, les travailleurs des pays arabes ont donné le coup d’envoi. Alain Juppé aurait tort de se rassurer. Oui, le printemps révolutionnaire arabe pourrait bien avoir des lendemains européens.

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