La difficile question nationale et les marxistes

Aujourd’hui les forces révolutionnaires, marxistes ou libertaires, sont divisées sur l’appréciation de la forme , la dynamique et les objectifs du mouvement de rébellion civique en cours en Catalogne. C’est somme toute assez logique. Une situation exceptionnelle percute les minorités révolutionnaires et produit naturellement hésitations et confusions. À tel point que les divergences s’expriment au sein même de ces courants politiques. La première approche, majoritaire, privilégie la dynamique sociale du mouvement séparatiste. On parle de « révolution démocratique », de « grève générale » le 3 Octobre, bref d’un basculement. Les limites du nationalisme catalan sont atténuées. La seconde approche au contraire souligne l’impasse nationaliste et les difficultés pour doter le mouvement d’autres objectifs que l’indépendance. Cette perspective juste formellement n’épuise pas le contenu de la situation actuelle : que faire pour profiter de crise politique afin que la base de la société prennent ses affaires en main ? Enfin, pour compléter le tableau Podem ( l’équivalent catalan de Podemos) -qui regroupe un secteur large des anticapitalistes- semble prostré dans un grand désarroi.En effet, leur position sur la question catalane est hésitante exposant toutes leurs limites au grand jour. Ils n’appellent pas à se mobiliser pour des objectifs propres, et le fait de diriger la municipalité de Barcelone n’a été que d’un discret secours pour le mouvement. La nouvelle politique- qui voulait allier luttes, élections et institutions- touché très vite à ses limites.

Cerner des problèmes pour envisager une perspective

Le droit à l’autodétermination n’est contesté par personne à l’extrême gauche. Mais soutenir ce droit n’implique pas la nécessité de se séparer. Pour les marxistes, l’idée de cette revendication ( le droit de se séparer) est une condition nécessaire pour établir des relations égales entre une nation opprimée et une autre qui la domine. Or les liens entre la Catalogne et l’état central espagnol ne sont pas de cette nature. La Catalogne a le poids économique de l’Irlande, la démographie de la Bulgarie et est une région prospère…avec beaucoup de pauvreté. C’est ce qui rend la situation complexe au sens où les questions sociales et nationales résonnent parfois. A cela s’ajoute le fait que le bloc social promoteur de la séparation- unissant pauvres et riches Catalans- use et abuse de ce sentiment de région privilégiée au détriment des autres. Enfin, les discussions surgiront lorsque les nationalistes diront qui est Catalan… et qui ne l’est pas. Les andalous venus depuis longtemps pour chercher du travail, que deviendront ils ?
Il vaut mieux cerner les problèmes et fuir les pensées paresseuses. La question catalane met en lumière deux tendances majeures du capitalisme global : d’abord la crise de l’état-nation et ensuite les réponses autoritaires face aux contestations. Le pays Basque et l’Ecosse attendent silencieusement, et les images de répression ont un air de déjà vu ici et bientôt ailleurs.
La question difficile et la tâche à résoudre se résume à un point de départ : l’activité politique des travailleurs, des pauvres et de la jeunesse. Et la lutte pour Indépendance alors ? Peut être mais sans sortir du capitalisme, comment se contenter du maintien des injustices, avec juste le drapeau qui change ? Une nouvelle fédération égalitaire ? Sans doute, mais avec quel projet social : avec la démocratie des riches ou celles des pauvres ? Comment mettre un terme à la compétition entre territoires ? Souhaitons que le mouvement actuel laisse place à une vraie remise en cause du système, elle seule nous permettrait de sortir de la guerre économique permanente entre individus et des conflits de triste mémoire entre les peuples.

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