La révolution égyptienne et ses ennemis


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Après « Moubarak, dégage », cela a été « Morsi, dégage ». 22 millions d’égyptiens avaient signé la pétition contre Morsi du mouvement « Tamarod » (Rébellion), et des millions sont descendus dans les rues, pour des manifestations longues, jour après jour, déterminées malgré les attaques meurtrières des partisans de Morsi. Pas seulement place Tahrir au Caire, mais dans toute l’Egypte. Une nouvelle immense mobilisation populaire ce 30 juin 2013, suite à quoi l’armée égyptienne a préféré écarter Morsi et reprendre les rênes du gouvernement, plutôt que de laisser la vague de fond révolutionnaire se développer encore plus. Un coup d’Etat militaire, comme disent les partisans de Morsi ? Façon de parler, car l’armée était toujours au pouvoir.

C’était déjà l’armée qui avait confisqué la révolution après avoir écarté le général Moubarak en 2011 . C’est l’armée qui avait fixé les modalités des élections et pactisé avec les Frères musulmans de Morsi, élu président en juin 2012. De façon à conserver l’essentiel du pouvoir, sans se retrouver au devant de la scène… et des critiques. Mais cette combinaison qui devait remettre la population dans le rang, n’aura tenu qu’un an.

Car pour la population égyptienne, c’est toujours la misère, et la situation s’aggrave : pénuries d’essence, de mazout, de pain, de lait pour les enfants, coupures d’électricité incessantes, prix qui explosent. Les Frères musulmans avaient promis une amélioration de la condition des plus pauvres : ils se sont montrés au pouvoir tout aussi corrompus que leurs prédécesseurs. Cela fait donc des mois que la contestation sociale gronde en Égypte, avec des milliers de manifestations et de grèves dans de nombreuses régions du pays, dans les différents secteurs de l’économie, cheminots, dockers du canal de Suez, ouvriers du textile de al-Mahallah et bien d’autres.

L’armée espère couper court à la vague révolutionnaire . Elle veut mettre en place une nouvelle façade au régime en cherchant la participation et le soutien des partis dits démocrates mais aussi du parti salafiste Al Nour, même si ce dernier vient de se retirer de ces négociations. Elle n’hésite pas à réprimer dans le sang son ancien partenaire, les Frères musulmans. Et c’est sur le dos de toute la population que pourraient se faire demain les règlements de compte entre eux.

Le peuple égyptien n’a bien entendu rien à attendre de l’armée, de ces généraux qui se sont taillé des fortunes sur le dos de la population. L’armée est un grand propriétaire foncier et ses chefs possèdent de grandes entreprises. Sans oublier que l’état-major est soutenu, politiquement et financièrement, par le gouvernement des Etats-Unis, car c’est un allié pour maintenir un ordre injuste dans la région.

Bien des manifestants anti-Morsi se souviennent que c’est la police et l’armée qui, à plusieurs reprises dans cette révolution, ont tiré sur les manifestants, torturé et tué des opposants. Et s’ils ont continué à manifester place Tahrir après la destitution de Morsi, c’est parce que nombreux se défient des militaires.

La nécessité d’un parti ouvrier révolutionnaire

La bourgeoisie, ses représentants politiques, qu’ils soient militaires, islamistes ou libéraux démocrates, craignent la force d’une population qui ne désarme pas et dont la conscience politique progresse vite. Mais il manque certainement une voix, un parti, qui se place pleinement du côté de la population laborieuse, de la jeunesse, des ouvriers, des paysans, des plus pauvres. Un parti ouvrier révolutionnaire qui donne une toute autre perspective politique que cette prétendue démocratie bourgeoise appuyée sur l’armée ou la réaction religieuse.

Pour que la mobilisation révolutionnaire en Égypte débouche sur un réel changement, il est indispensable que s’exprime une politique représentant les revendications sociales et politiques des travailleurs. Que les classes populaires ne se limitent pas à contester le pouvoir des dictateurs et démagogues, militaires ou islamistes, mais qu’elles envisagent de prendre directement leur avenir en main, en exerçant elles-mêmes le pouvoir politique et économique. C’est le seul avenir démocratique envisageable. C’est la seule façon de faire réussir une révolution.

 

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