L’Etincelle et le congrès du NPA

Le congrès du NPA

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Les 1er, 2 et 3 février aura lieu le deuxième congrès du Nouveau parti anticapitaliste (NPA), après quatre ans d’existence. Pas encore l’âge de raison, et parfois plus d’abondance de textes et de débats que de forces militantes disponibles. Mais la volonté de construire est bien là.

Par-delà la « crise » qui a vu une partie des militants du NPA, regroupée dans une « Gauche anticapitaliste » quitter le parti pour rejoindre le Front de Gauche (cédant malheureusement aux sirènes de Mélenchon), le NPA continue. Ce n’est certainement pas encore le parti ouvrier révolutionnaire dont les travailleurs ont besoin. Celui-ci se construira grâce aux énergies de militantes et militants appartenant au NPA, mais aussi à d’autres courants d’extrême gauche, syndicats ou associations, ou actuellement inorganisés, qui seront immanquablement amenés à se regrouper face aux bouleversements politiques ou sociaux brutaux que nous réserve la crise du capitalisme. Mais une grande partie des débats au sein du NPA porte sur les voies et les moyens de cette issue révolutionnaire. Les camarades de la Fraction l’Étincelle, qui militent au sein du NPA depuis sa fondation, contribuent bien sûr à ces discussions. Nous nous retrouvons pour le congrès dans la plate-forme dite Y [1], qui répond le mieux aux préoccupations exprimées dans les deux contributions au débat, ci-dessous.



Quel parti construire

Avouons d’emblée que nous partageons la perplexité, doublée parfois de quelque inquiétude, qui s’est dégagée des assemblées de débat auxquelles nous avons participé ou dont nous avons eu connaissance. Non pas que les textes issus de la « commission d’écriture » ne prêtent à la discussion. Au contraire, nous avons là un luxe de détails dans les analyses, un foisonnement de propositions pour nuancer le programme ou pour changer et redresser les fondamentaux politiques et organisationnels du parti. De quoi sans doute fournir les débats non pas d’un, mais de plusieurs congrès.

Mais de quel parti ? Car à la fin de la lecture de ces 39 pages d’analyses des effets de la crise sur la situation du monde, de l’Europe et de la France, de définitions de l’identité du NPA selon les différents courants, de propositions de modifications des statuts (pourtant résumées à des têtes de chapitre, ce qui appelle donc de nouveaux textes), la question demeure : parlons-nous vraiment du NPA, dont les mêmes textes nous répètent à l’envi, après bien d’autres, qu’il est en « crise » ?

Avant de proposer des remèdes et d’en débattre, il faudrait diagnostiquer le malaise. En gros, faire le bilan d’une orientation qui, au bout de quatre années, se traduit par la fuite des deux tiers des adhérents.

Le congrès est l’occasion de faire ce bilan, mais surtout de se donner une orientation susceptible de sortir le parti de cette « crise », c’est-à-dire de nous donner des objectifs militants immédiats, en fonction de ce que nous sommes aujourd’hui, de nos forces, de nos faiblesses, de nos limites… et pas d’un parti mythique dont on a pu rêver.

Nous sommes-nous trompés de diagnostic ?

Que les élections aient pris une importance démesurée ces quatre dernières années, au point de remiser au second rang tous les autres objectifs, est révélateur des illusions que le NPA a entretenues sur lui-même.

Le fait d’avoir réussi à créer une organisation rassemblant 9 000 anticapitalistes ayant pris à un moment une carte, fut un remarquable succès, lié toutefois à la percée d’Olivier Besancenot aux présidentielles précédentes et aux illusions électoralistes qu’elle pouvait susciter chez nombre de ces nouveaux adhérents. Cela ne signifiait pas que nous étions un parti de taille à tout miser sur la concurrence électorale avec les grands appareils que sont les partis de gauche tels que le PS, le PC ou même leurs avatars à « la gauche de la gauche », ni que nous devions le faire.

Les partis institutionnels se maintiennent, grandissent ou dépérissent par le jeu électoral. La nature du NPA ne le lui permet pas. C’est pourtant la perspective qu’il s’est donnée, oubliant de fait l’idée qu’un parti qui refuse de s’intégrer dans les institutions et vise à la transformation révolutionnaire de la société se construit d’une toute autre manière. Or le NPA, loin d’être un parti constitué, restait et reste à construire. Ce qui ne pourra se faire qu’en mettant la priorité sur le recrutement et la formation de nouveaux membres, l’implantation dans les couches populaires, la jeunesse, les quartiers et surtout les lieux de travail afin de permettre, au moins à terme, une large intervention dans la lutte de classe.

C’était là d’ailleurs un des volets de son projet, qui a été négligé en faveur des préoccupations purement électorales. Les piètres résultats électoraux, joints à l’absence de cette intervention dans la lutte de classe dans une période où c’est la bourgeoisie qui mène celle-ci, ont fait le reste : certains, qui nous avaient rejoints en misant consciemment sur une nouvelle percée électorale, ont abandonné le navire (parfois très vite, dès après les européennes) ; quant aux « anonymes », les plus nombreux, qui nous avaient rejoints avec enthousiasme mais sans passé politique, ayant donc adhéré au seul projet qu’on leur présentait, ils sont partis silencieusement élections après élections, sans forcément d’hostilité ou d’amertume, mais sans plus voir de perspectives et sans avoir non plus d’autres raisons de rester.

Voilà comment de 9 000, nous sommes passés à 3 000. Pas renforcés bien sûr, le parti ne se renforçant pas en s’épurant, mais pas non plus aussi affaiblis que certains veulent le dire, n’ayant jamais été très influents. Reste à construire avec ce que nous sommes (et ce que nous étions en 2008). Somme toute comme il y a quatre ans ce que à quoi nous aurions dû alors nous atteler.

Une opposition de gauche ?

Proposer de construire une « opposition de gauche », c’est cumuler trois handicaps et trois erreurs : continuer à jouer au grand parti que nous ne sommes pas, s’obstiner à définir notre politique en fonction des autres partis de gauche, simplement en partenaires plutôt qu’en concurrents cette fois, et persévérer dans l’orientation prise lors des trois années électorales précédentes… qui plus est dans une période non électorale.

Quel autre sens peut bien avoir cette formule, sinon d’une proposition d’alliance ou de front durable à finalité électorale avec les partis de la gauche de la gauche, PC, PG, Front de gauche ? Et c’est bien ainsi qu’elle est comprise et proposée par ses partisans, surtout quand ceux-ci l’associent systématiquement à une formule de « gouvernement », qui va de « gouvernement des travailleurs » à « gouvernement contre l’austérité ». Dans la situation présente, cela n’a déjà aucun sens d’avancer ce genre de formules propagandistes. Mais elles pourraient prendre un contenu néfaste si la gauche de la gauche avait demain des succès électoraux.

Une telle alliance durable nous lierait les mains avec des gens avec qui nous ne partageons ni les objectifs ni les stratégies à long ou moyen terme. Même quand ils se disent anticapitalistes et révolutionnaires, c’est par une « révolution par les urnes » qu’ils prétendent renverser le capitalisme, et à pas comptés (ce qui veut dire généralement… en reculant !). À supposer que le Front de gauche accepte de former une telle « opposition de gauche » avec le NPA, ce serait dans le seul but électoral, pour lequel il s’est constitué. Et faire un front avec un front… n’a d’autre finalité que d’intégrer ce dernier. La GA vient encore de nous le démontrer.

Bien sûr, à court terme, proposer l’unité a toujours de quoi séduire ou réconforter, pour les élections comme pour les luttes. Encore plus à un moment où les travailleurs sont sous le feu des classes dirigeantes. Mais c’est aussi au nom de cette recherche de l’unité (des appareils plus que des travailleurs) que d’innombrables trahisons du programme révolutionnaire comme des luttes ont eu lieu.

Nous ne devons donc pas nous mettre à la remorque du Front de gauche, même au nom de l’unité. Certes dans les combats contre les patrons et le gouvernement nous acceptons, recherchons ou proposons cette unité à tous ceux qui partagent alors notre objectif du moment. Le Front de gauche, ou certaines de ses composantes, sont parfois les plus à même d’être de ceux-là. C’est à mesurer au coup par coup, et sans confondre l’unité entre les organisations ou les équipes politiques ou syndicales avec celle des travailleurs en lutte, le véritable objectif à atteindre. L’une et l’autre sont rarement complètement synonymes.

D’abord construire le parti révolutionnaire

L’erreur n’a pas été de se présenter aux élections mais d’oublier que notre tâche principale restait de s’atteler à la construction d’un parti dont le NPA n’était au mieux qu’un embryon. Et de ne pas se donner des priorités militantes en conséquence.

D’abord recruter, former et faire militer ses nouveaux membres. Pour une organisation qui entend reprendre « le meilleur des traditions » des différents courants du mouvement ouvrier et du mouvement révolutionnaire, il est étrange de constater combien l’étude de l’histoire de ce mouvement ouvrier et révolutionnaire, de ses faiblesses, de ses limites et de ses crises, mais aussi de ses succès, est négligée au NPA. Et soit dit en passant, ce sont ces tâches de recrutement et de formation qui contribuent, par delà les sensibilités et les tendances, à homogénéiser un parti, par sa base en quelque sorte. Par la formation politique et l’entraînement militant de ses adhérents.

L’implantation et l’intervention dans les luttes : de quoi trancher sinon résoudre nos différends

Ensuite s’implanter dans les couches prolétariennes et populaires. En militant éventuellement dans les associations, les collectifs ou les syndicats qui essaient de défendre les intérêts des travailleurs, des chômeurs, des habitants, de la jeunesse, dans les usines, les lieux de travail ou d’études et les quartiers. Mais aussi faire connaître l’existence d’un courant et d’une organisation révolutionnaire en y apparaissant publiquement et en défendant directement le parti et une politique révolutionnaire auprès du monde du travail, avec ou sans emploi, et de la jeunesse. Surtout dans cette période de licenciements, de fermetures d’usines, de restructurations d’entreprises, d’aggravation de l’exploitation, de baisse des salaires, d’intensification des attaques contre toutes les couches populaires sans exception.

Cet effort d’implantation et d’expression politique ne serait que le tout premier pas de la construction d’un parti prolétarien. Celui-ci n’existera que lorsqu’il sera capable d’intervenir réellement dans la lutte de classe, d’y avoir un impact. Et à part des exceptions rarissimes, il est impossible d’avoir une influence dans les luttes sans militants de l’intérieur, de militants s’y sentant comme des poissons dans l’eau, non seulement parce qu’ils sont bien accueillis par ceux qui luttent, mais parce qu’ils sont des leurs, vivant ou travaillant à leurs côtés, connus comme tels.

Et ce seront ces interventions qui permettront de trancher entre nos différends ou du moins de démêler l’essentiel et le secondaire dans nos affrontements de tendances, qui pour l’heure, à tort ou à raison, apparaissent stériles à bon nombre de militants, précisément parce que le parti n’a pas les moyens de vérifier et de faire vérifier concrètement les orientations des uns ou des autres.

Nous sommes loin de cette situation, à l’exception de quelques quartiers et de quelques entreprises. C’est la raison de se donner en toute priorité cette orientation et ces objectifs.

Refonder le parti, son programme, sa politique ?

Il semble aussi que le débat se dirige maintenant vers la question de refonder, ou pas, tout ou partie du projet du NPA. Celui-ci contient en effet de nombreuses ambiguïtés et lacunes. Il faudra certainement chercher à les lever ou à les combler. Mais les errements des années écoulées tenaient moins aux faiblesses des textes fondateurs qu’à certains choix politiques de la direction avec l’assentiment de la grosse majorité du parti, choix qui n’étaient nullement inhérents au projet politique de départ, qui auraient pu être tout autres, qui peuvent toujours l’être. C’est donc ces choix politiques qu’il faut changer : remplacer le « tout élections » par une politique volontariste de construction d’un parti révolutionnaire par exemple. C’est en redéfinissant nos priorités et nos orientations politiques que nous lèverons, dans les faits, les ambiguïtés de notre identité. Pas l’inverse.

C’est pourquoi le congrès doit être essentiellement consacré à débattre et décider des orientations à prendre, de nos priorités et de la politique à mener maintenant. Les débats et leurs conclusions sur ce qu’il y a à refonder ou non au NPA suivront.

25 novembre 2012, Aurélien, Hervé, Maria et Zara, du CPN, pour la Fraction l’Étincelle



Se donner d’abord les moyens de notre politique

Un congrès peut sans doute être l’occasion de tout discuter. À condition que les priorités soient clairement établies. Ce n’est pas le cas. C’est ce qui donne à un si grand nombre de militants l’impression que les différentes plates-formes sont loin de leur permettre de débattre, de juger et de trancher de la politique du parti (même si c’est sans doute un peu injuste et pas seulement pour la PY que nous soutenons et dans laquelle on retrouve en partie le point de vue présenté ici).

Car le congrès a d’abord pour vocation de définir une orientation pour l’année ou les deux années à venir. Une orientation doit se fonder sur la situation politique et sociale actuelle, les rapports de force du moment entre les classes, voire les changements qu’on peut espérer, mais aussi, d’abord sur l’état et les forces du parti.

C’est ce qui est oublié dans les « bilans », explicites ou implicites, qui sous-tendent la plupart des textes : une politique n’est envisageable qu’en fonction de la force numérique et politique de l’organisation qui la porte.

Cet oubli conduit à attribuer les déconvenues ou les incapacités du parti à toutes sortes de raisons (des erreurs politiques de la direction à l’existence des tendances, en passant par les « dysfonctionnements »)… sauf l’essentiel : le parti ne s’est pas d’abord préoccupé de se donner les moyens de sa politique, c’est-à-dire recruter, former et s’implanter pour pouvoir intervenir. Inutile de déplorer que nous n’ayons pas eu d’influence dans le mouvement sur les retraites en oubliant la raison principale : ce n’est pas l’élaboration collective au niveau national qui nous a manqué, mais d’abord les relais militants dans les entreprises. Et sans eux, même en présence d’une mobilisation d’une partie du monde du travail, le slogan pour la grève générale ne pouvait rester qu’un slogan hier, comme les différentes déclinaisons du plan d’urgence le resteraient demain.

La priorité du congrès devrait donc être de doter le parti d’une orientation pour le faire exister dans les entreprises, les quartiers et la jeunesse. Pour cela les difficultés sont énormes, si nous ne voulons pas nous contenter du coup de chapeau habituel pour passer vite aux questions jugées « politiques ».

D’ailleurs proposer de constituer une opposition de gauche est-elle vraiment politique ? Aujourd’hui, alors qu’il n’y a pas de mobilisation populaire autre que ponctuelle, cette opposition de gauche ne peut être comprise que comme une proposition d’alliance avec le Front de gauche et en vue des élections. Et est-ce servir la propagande anticapitaliste que de présenter le Front de gauche ou les élections comme les préalables obligés à l’émergence de luttes ?

Politique aussi de vouloir formaliser administrativement et à l’infini le fonctionnement ? S’en prendre aux tendances ou aux fractions, voire vouloir les dissoudre (ce qui n’a jamais conduit qu’à les transformer en clans plus ou moins occultes) n’aboutirait-il pas qu’à vider un peu plus le NPA ? Rotation obligatoire et limitations des années aux postes de direction nous permettraient-elles de trouver les forces et l’implantation qui nous manquent ?

C’est pourtant la première tâche qui nous attend après ce congrès.

7 janvier 2013, Jacques MORAND, Fraction l’Étincelle

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