Ma guerre d’Espagne, brigades internationales : la fin d’un mythe de Sygmunt Stein

 


Seuil, mai 2012, 266 pages, 19 €.


Le témoignage de Sygmunt Stein sur « sa guerre d’Espagne » est certes loin de l’actualité immédiate. L’Espagne de 2012 n’a plus rien à voir avec celle de 1936. La première a sans doute en grande partie disparu de la mémoire de la seconde.

Traduit pour la première fois en français, ce livre, écrit en yiddish à la fin des années 1950, n’est pourtant pas sans intérêt pour les militants communistes qui étudient le passé du mouvement révolutionnaire et veulent comprendre les raisons de ses échecs pour en préparer l’avenir. Il n’apporte sans doute pas de révélations sur le rôle que jouèrent les staliniens dans l’étranglement de la révolution espagnole. Orwell dans Catalogne libre, par exemple, avait démoli dès l’époque le « mythe des brigades internationales » ; puis bien d’autres après lui. Mais ce « militant professionnel » de la IIIe Internationale (au sens où celle-ci l’entendait : dévoué sans compter à la classe ouvrière et prêt à aller de pays en pays là où il pensait être le plus utile à la révolution prolétarienne, sans en attendre quoi que ce soit pour lui-même en retour), met tous ses espoirs dans l’éclatement de la révolution en Espagne. Il tombe de très haut quand il comprend quel rôle la bureaucratie stalinienne fait jouer à ses semblables et rend un témoignage non seulement sur l’Espagne mais aussi sur le type de militants qui ont construit… puis maintenu l’Internationale communiste stalinienne : leurs forces comme leurs limites et leur faiblesses, également énormes.

Stein a écrit et publié ce livre aux États-Unis en pleine guerre froide, encore désespéré par son expérience stalinienne et revenu pratiquement dans les rangs de la social-démocratie. Il faut s’en souvenir en le lisant : au-delà des faits, gestes et crimes des bureaucrates qui ont enterré la révolution… et assassiné bien des révolutionnaires, il passe vite sur les immenses responsabilités des démocrates et socialistes, en particulier français, dans la défaite. Mais, encore une fois, ce livre n’est qu’un témoignage, pas une analyse (celle-ci est quand même esquissée dans la postface de Jean-Jacques Marie).

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