Mahmoud Darwich

62EFD129-ADF5-47A0-90D3-CDCDFAEB05B9

« J’ai la nostalgie du pain de ma mère,
Du café de ma mère,
Des caresses de ma mère…
Et l’enfance grandit en moi,
jour après jour »
Et avec elle la rime et la chanson des poésies. Ces vers sont les souvenirs agités d’un enfant qui n’a jamais pu quitter la maison en pierres d’Al-Birwah en Galilée. Un enfant meurtri pour toujours, exilé éternel et incapable de retrouver sa terre chérie. Sa patrie dit-il, l’aéroport. Mahmoud Darwich vit s’installer progressivement les colonies et l’oppression dont fut victime son peuple.
Son premier recueil poétique est publié à l’aube de ses dix-neuf ans. La sensibilité du jeune artiste se heurte violemment à la politique israélienne et le pousse à rejoindre clandestinement les rangs du parti communiste. Son engagement politique et ses vers gorgés de la fierté arabe sont pour lui les causes de son exil contraint. Il s’évertuait à distinguer sa lutte de sa poésie car selon lui, le poète n’est aucunement tenu de fournir un programme politique à son lecteur. La célébration du corps, des plaisirs de la vie et le culte que celui-ci voue à la beauté et à la musique sont l’essence même de la révolte. Sa vie ne sera plus qu’un long voyage ; ses écrits, la tentative désespérée de faire chanter sa Palestine. Ses poèmes purs et pleins d’une soif de vivre emplirent si intensément les cœurs du monde arabe, qu’ils furent très vite hissés au seuil d’hymnes.
« Entre Rita et mes yeux, un fusil » ou la relation tragique qu’il entretint avec une juive israélienne fut mise en musique par Marcel Khalifé, collaborateur du poète. Ce même poète qui, jusqu’à la fin de sa vie, consacra son temps à sauver la culture, la langue et la terre d’un visage dont il ne voulait pas qu’on oublie les traits. Tous les matins, il consultait le Lisan-al-Arab, dictionnaire d’une trentaine de volumes datant du XVIème siècle et il apprenait les mots. Les après-midis, il se promenait en Galilée près de Ramallah où il résidait, et répertoriait la faune et la flore.
« -Comment peux tu sourire alors que tu es sur le point de mourir ?
– Car j’aime la vie et je veux lui faire mes adieux en souriant . »
Si l’on n’autorise pas à la Palestine de disposer de son corps, elle disposera à jamais d’une voix : celle d’un poète exilé, celle de celui qui se disait«Troyen», celle de Mahmoud Darwich.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *