Notre solidarité, leur hypocrisie

La photo du petit Syrien noyé sur une plage turque a fait le tour du monde. En Islande, en Allemagne ou en Autriche, un peu partout en Europe en fait, des milliers de gens proposent leur aide, de la nourriture, un hébergement. En France, on assiste enfin aux mêmes types d’initiatives depuis la semaine dernière. Boitillant derrière l’opinion, Valls promet… 120 tentes à Calais en janvier prochain, censées soutenir le moral des réfugiés pendant les quatre prochains mois, y compris par -5°C. Après avoir repris une bonne partie de l’intox anti-roms et anti-immigrés du Front national, après avoir envoyé la police déloger les migrants de leurs campements, voilà que le gouvernement, avec quelques trémolos, prétend donner dans l’humanitaire.

La drôle de compassion du va-t-en-guerre

Mais la palme de l’hypocrisie revient à Hollande. Que propose-t-il ? Accueillir en France… 24 000 réfugiés sur deux ans, tout en envisageant de larguer des bombes sur la Syrie ! De ces frappes aériennes aux côtés de l’aviation américaine, les premières responsables en Irak de l’essor de l’État islamique. Sans parler des milliers de victimes civiles (dont combien d’enfants ?) des bombardements en question.

On prévoit de bombarder d’un côté, et on accueillera parcimonieusement 24 000 réfugiés de l’autre. « 24 000 », alors qu’il y a quatre millions de réfugiés syriens dont 1,8 millions en Turquie, plus d’un million au Liban…

Ils disent « équitable » ?

Et voilà que pour faire bonne figure auprès de Merkel, Hollande nous parle de « répartition équitable » de l’accueil dans toute l’Europe. Équitable ? Mais ce serait au gouvernement de la France de montrer l’exemple, un pays riche qui aurait largement de quoi accueillir ne serait-ce qu’un million de réfugiés de toute provenance. Après tout, en 1962, notre hexagone n’a-t-il pas accueilli en trois mois, en les intégrant sans problème, le million de Pieds-Noirs venus d’Algérie ? Et en 1979, la France n’a-t-elle pas accueilli 120 000 « Boat people » vietnamiens ?

Équitable ! Mais c’est un peu trop facile de faire la leçon à la Hongrie, la Pologne, la Croatie et autres pays limitrophes de l’Europe où se concentrent les centres de rétention (plutôt de détention !). Rappelons tout de même qu’il a suffi que l’Allemagne et l’Autriche, enfin, avec des années de retard, annoncent qu’ils accueilleraient massivement les réfugiés, pour que la Hongrie les laisse partir. Car tous ceux qui veulent s’informer savent bien que les pays les plus riches, à commencer par la France, l’Allemagne ou l’Angleterre, ont très largement de quoi accueillir et intégrer des millions de migrants, qui rapportent d’ailleurs plus à ces pays qu’ils n’en coûtent en structures d’accueil et d’intégration.

« Bons » et « mauvais » migrants ?

Le gouvernement veut faire le tri entre « réfugiés » et « migrants économiques ». Il y aurait les « bons » migrants, fuyant les dictatures et la guerre, et les « mauvais » chassés par la misère et la faim. Pour penser ainsi, il faut ne jamais avoir eu réellement faim dans sa vie. Surtout, quand 80 % des États d’origine sont des dictatures. Ces dernières années, plus d’un migrant expulsé a trouvé la mort à son retour. Les fonctionnaires français de l’immigration jugeaient leur pays « sûr » ; il ne l’était visiblement pas pour les expulsés…

Notre force commune

Avec trois millions de chômeurs et au moins autant de mal logés, quelques dizaines de milliers de migrants seraient une charge insupportable pour notre pays ? C’est oublier un peu vite les centaines de milliers de logements vides et les 40 milliards d’euros de profit que les entreprises du CAC 40 viennent de faire ces derniers six mois. Ni la place ni les ressources ne manquent pour accueillir les réfugiés, mais la volonté politique. Volonté de prendre les richesses où elles sont, mais aussi volonté d’affronter les préjugés racistes et la xénophobie.

Les travailleurs de France et du reste de l’Europe ont tout intérêt à faire ici une place à leurs frères et sœurs chassés d’Afrique ou du Moyen-Orient. On vient de voir dans les reportages télé le courage et la détermination de ces réfugiés qui passaient sous les barbelés ou partaient à pied vers les frontières. Notre solidarité ne peut que nous rendre plus forts. Tous ensemble.

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