Palestine et la provocation de Trump

Palestinians take part in a protest against US President Donald Trump's decision to recognise Jerusalem as the capital of Israel, in Gaza City on December 7, 2017. / AFP PHOTO / MOHAMMED ABED
Palestinians take part in a protest against US President Donald Trump’s decision to recognise Jerusalem as the capital of Israel, in Gaza City on December 7, 2017. / AFP PHOTO / MOHAMMED ABED

L’orientation politique du 45e président des États unis ne sera pas une surprise. Trump préservera les intérêts de la première puissance mondiale, entendons par là les intérêts bien compris des multinationales. Néanmoins la forme de cette politique n’aura rien d’un fleuve tranquille. Les éditorialistes du New York Times, du Washington Post – grands organes de presse de la bourgeoisie américaine — s’en inquiètent ouvertement : ils y voient un mélange d’incompétence et d’extrémisme. La brutalité de l’impérialisme se verra davantage. Et cette transparence est un problème. La façon dont la nouvelle administration Trump envisage le conflit israélo-palestinien expose au grand jour la signification concrète du slogan « rendre l’Amérique plus grande à nouveau ». En déclarant Jérusalem, capitale d’Israël, Trump console son électorat conservateur, soutien son allié le premier ministre israélien en difficulté dans des scandales financiers, et crée du désordre, une façon bien commode de gagner du temps et de faire oublier ses difficultés intérieures.
Outrances et stratégie du choc
Il n’échappe à personne que la situation au Proche Orient est complexe, et pour les plus attentifs que la situation des Palestiniens est la pire depuis la création de l’État d’Israël en 1948. La colonisation est à son comble, le mouvement national palestinien est éclaté et impuissant, l’opposition interne en Israël à cette politique n’a jamais été aussi faible. C’est évidemment le bon moment pour les partisans du nettoyage ethnique de renforcer leur avantage. Bien que l’entourage de Trump soit empli d’antisémites notoires, le nouveau président n’a jamais caché ses préférences : Israël est une pièce décisive du dispositif politique et militaire américain. Le transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem est une provocation calculée qui ne tient pas du coup de tête. En annonçant lui-même, Trump signifie par là que la question palestinienne est close par sa suppression pure et simple. Tous les plans visant à mettre en place deux entités politiques (israélienne et palestinienne) indépendantes avaient comme préalable la neutralité de la ville de Jérusalem. Ville singulière, trois fois promise aux juifs, chrétiens et musulmans, elle ne pouvait être la capitale d’un État. C’est un symbole. Mais c’est un peu plus que cela. Ça veut dire que les renoncements de l’Organisation de la Libération de la Palestine n’auront servi à rien, que le dérisoire des résolutions internationales est éclatant. Il n’y aura même pas la fiction d’un état constitué de camp de réfugiés, sans unité géographique sans ressources comme le proposaient parfois les Nations Unies. Il n’y aura rien sinon la destruction lente du peuple palestinien : du sang, des oliviers arrachés, du béton de colon et pour l’instant le silence.
La mesure du présent
Dénoncer haut et fort cette barbarie est la première étape. Mais la réalisation des aspirations légitimes du peuple palestinien ne contient pas non plus la solution à cette guerre ; c’est aussi un premier pas. La mise en œuvre par les populations aujourd’hui clivées de perspectives communes passe par le dépassement de la question nationale. C’est un saut dans l’histoire qui semble impossible à la lumière de toutes ces violences et injustices accumulées. Cela demande un courage et une volonté politique inédite. Cela demande d’abord qu’en Israël émerge un courant de la base de la société pour s’opposer à cette guerre car un peuple qui en opprime un autre ne peut pas être libre. Cela implique que le mouvement palestinien exclut que la solution ne réside pas dans une expulsion des juifs à la mer. La tension d’où pourrait émerger une perspective n’est pas seulement contenue dans l’hypothèse nationale. Dans ces deux camps, israéliens et palestiniens, il existe pourtant des parallèles à saisir. Un tiers de la population en Israël vit sous le seuil de pauvreté et près de 90 % des Palestiniens. Ces populations ne profitent pas de ce conflit, elles le subissent bien entendu d’une façon très différente : il y a deux blocs, séparés par le sang, et dans celui qui opprime les classes sociales exploitées sont tenues par un chantage de solidarité avec les dirigeants israéliens. Si cette base de la société israélienne, qui est traversée elle-même par le racisme et l’exploitation, rompait avec son gouvernement et tendait la main aux populations pauvres de Palestine (par-dessus les directions islamistes et nationalistes), il y aurait peut-être une voie révolutionnaire pour sortir de cette impasse.
Cela semble impossible. Mais dans une situation impossible il n’y a pas de demi-mesure.
Les mouvements et organisations Palestiniens
Les mouvements et organisations qui luttent pour la libération de la Palestine sont multiples et défendent des politiques tout aussi variées. Cependant, nous allons tenter de dresser ici, un petit lexique des principales organisations et mouvements palestiniens. Le but étant d’apporter un peu plus de clarté grâce à la compréhension des principaux acteurs politiques palestiniens.
Organisation de Libération de la Palestine (OLP):
L’OLP est une organisation politique et paramilitaire fondée en 1964 à Jérusalem.
Elle est pensée au départ avec Ahmed Choukairy et les membres de la Ligue Arabe comme un mouvement nationaliste Arabe dans le but de libérer la totalité de la Palestine. Or, la débâcle des armées arabes durant la « guerre des six jours » de 1967 change le mouvement en une organisation de guérilla palestinienne, notamment avec l’arrivée à sa tête de Yasser Arafat qui la dirige de 1969 à sa mort en 2004. L’OLP se présente comme un mouvement de résistance armée représentant les Palestiniens. En 1974, les Nations Unies lui accorde le statut d’observateur. Jusqu’aux accords d’Oslo de 1993, Israël considère cette organisation comme terroriste, puis la considère comme un interlocuteur diplomatique. L’OLP est désormais considérée comme « le partenaire palestinien », représentant le peuple palestinien, dans le but de régler le conflit avec Israël.
L’OLP est composée de plusieurs organisations palestiniennes, dont le Fatah, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et le Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP). L’OLP entretient également des relations étroites avec l’Autorité Palestinienne, qui est l’entitée gouvernementale administrant les habitants Arabes de Cisjordanie et de la bande de Gaza.
Fatah:
Le Fatah est un mouvement de libération de la Palestine fondé clandestinement par Yaser Arafat au Koweït en 1959. Cette organisation prône la lutte armée contre l’État d’Israël du moins jusqu’aux accords d’Oslo de 1993, date à laquelle elle y renonce. Cependant, selon les autorités israéliennes des factions du Fatah participeraient encore à des actions armées. Le Fatah possède 45 sièges sur 132 au sein du conseil législatif Palestinien. À noter que le Fatah fait partie de l’Internationale socialiste, organisation qui réunie les partis sociaux-démocrates du monde.
Le Hamas ou Mouvement de résistance islamique :
Le Hamas est un mouvement islamiste constitué d’une branche politique et d’une branche armée, principalement actif à Gaza, il est fondé en 1987 par trois anciens membres des Frères Musulmans.
Il affirme que la Palestine est une terre islamique et prône donc la destruction de l’État d’Israël et l’instauration d’un État islamique palestinien sur tout le territoire de l’ancienne Palestine mandataire, c’est-à-dire incluant l’État d’Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza. Entre 1993 et 2005, le Hamas est à l’origine d’attentats suicides contre des civils israéliens, mais en 2006 il renonce à ce type d’action, préférant lancer des roquettes depuis Gaza, provoquant bien souvent une importante répression israélienne sur les territoires occupés. Le Hamas possède 74 sièges sur 132 au conseil législatif Palestinien.
Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP) :
Le FDLP est né en 1969 d’une scission avec le FPLP. Aux yeux du fondateur de ce nouveau mouvement, Nayef Hawatmeh, ce dernier se focalisait trop sur les affaires militaires au détriment de leurs considérations politiques et idéologiques. Nayef Hawatmeh, de tendance maoïste, est le premier dirigeant Palestinien à défendre la création d’un état Palestinien coexistant avec l’État d’Israël. De par son positionnement et l’indépendance qu’il a su garder vis-à-vis des régimes arabes, le FDLP est considéré comme une organisation à part dans le mouvement contestataire palestinien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *