Que penser du revenu universel ?

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Qu’une société garantisse un revenu décent à tous ses membres est évidemment un objectif légitime et digne. Néanmoins cela n’implique pas nécessairement l’adhésion au projet du revenu universel. Cette idée s’appuie sur un postulat erroné, il nous conduit à une impasse nous faisant renoncer au droit à l’emploi et au plein emploi. Le candidat aux présidentielles de 2017, Benoît Hamon, a séduit un certain nombre d’électeurs de gauche et de la jeunesse en proposant un revenu universel. Qu’est-ce que le revenu universel ? C’est un revenu versé par une communauté politique à plusieurs de ses membres, sur une base individuelle, sans forcément de conditions préalables. L’âge peut parfois entrer en compte. Parmi les arguments invoqués pour sa mise en place, on peut citer la fin du travail humain et son remplacement par les machines. Qu’en est-il vraiment ?
Pas d’aumône, mais un travail !
L’idée d’un revenu universel s’incarne dans plusieurs projets. Cependant, au-delà des différences de tous ces projets, ils se développent tous sur la base de deux propositions. La première peut être avancée ainsi : les gains de productivité font que le plein emploi est hors d’atteinte, car ces gains sont en baisse. Néanmoins, étant donné que toute activité humaine est créatrice de valeur, il faut bien redistribuer la richesse produite par un revenu déconnecté de l’emploi. La deuxième proposition dit la chose suivante : les gains de productivité en baisse sont la cause d’une hécatombe d’emplois et qu’au final un emploi sur deux sera automatisé dans les prochaines années. La fin du travail annoncé nous fait dire qu’il n’y aura plus d’emplois pour tout le monde, et que donc il faut un revenu universel pour redistribuer la richesse produite par les machines. Or, ce point est douteux. Une autre conclusion est en outre possible : les machines font une partie du travail à notre place, et donc notre temps de travail doit diminuer. Historiquement, c’est ce qui s’est passé sous la pression des luttes sociales : les gains de productivité ont été en grande partie redistribués sous forme de réduction du temps de travail.
La fin du travail ?
Les gains de productivité ont-ils baissé ? La réponse est non, croire l’inverse vient du fait que certains gains s’appuient sur de nouvelles définitions de la production ou de la captation de valeur, notamment les entreprises liées aux nouvelles technologies où l’on parle de dématérialisation du travail. La question qu’il faut alors se poser est de savoir comment gagnent-elles de l’argent ? Prenons l’exemple d’Apple : par un quasi-monopole qui repose sur une surexploitation de la main-d’œuvre et sur la rente que lui procure l’addiction des consommateurs à son système clos, Apple gagne de l’argent en vendant des marchandises. C’est reconnaître que beaucoup de tâches qui semblent avoir été automatisées sont en fait réalisées par de petites mains éparpillées à travers le monde et payées au lance-pierres. Amazon symbolise ainsi le véritable subterfuge qui consiste à pointer la merveille de la technologie en occultant l’exploitation des travailleurs. Le modèle de Google ou de Facebook est différent : leurs recettes proviennent de la valorisation des informations collectées sur leur parc d’usagers qui sont revendues sous forme d’espaces publicitaires, ce sont bien des travailleurs qui sont derrière les écrans. Uber et beaucoup d’autres fonctionnent plutôt comme des agences d’intérim qui mettent à disposition des travailleurs réalisant une tâche pour un client.
Une impasse
La part du travail humain est très importante et le profit des capitalistes se fait sur lui, les machines ne sont pas prêtes de nous remplacer et les gains de productivité n’ont jamais été aussi élevés !
La perspective du revenu universel ressemble à une compensation, à une réparation des excès du capitalisme. Mais cette solution — compatible avec les mécanismes du marché et donc de l’exploitation — ne serait applicable que… dans les pays riches qui pillent la planète. Cette hypothèse n’est pas possible, car elle se base sur la distribution des miettes du pillage impérialiste à la nouvelle plèbe. Notre ambition est plus grande : à chacun selon ses besoins, sans propriété privée pour mettre fin aux injustices sociales.

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