Quel horizon pour la Catalogne?

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Depuis 1981 et la tentative d’un coup d’État militaire, l’Espagne n’a semble-t-il, jamais été aussi déchirée qu’aujourd’hui. Le dimanche 1er octobre s’est tenu un référendum d’autodétermination en Catalogne. 42,3 % des Catalans bravent l’interdiction et s’en vont voter. Armés de leurs seuls bulletins de vote, ce sont les matraques de la Guardia civil qui les attendront à l’entrée des bureaux.
Une violence, d’autant plus choquante, qu’elle est décomplexée. Le visage de l’État se révèle, quand, acculé et repoussé dans ses retranchements, lui et ses intérêts sont froissés. 900 personnes sont blessées par la répression policière. Le gouvernement catalan annonce la victoire du «oui» avec 90% des suffrages. «Avec cette journée d’espoir et aussi de souffrances, nous les citoyens de Catalogne avons gagné le droit d’avoir un État indépendant qui prenne la forme d’une République» déclara Carles Puigdemont, à la tête de l’exécutif catalan. Dès lors, les esprits s’échauffent, le roi Felipe VI y va de ses remontrances, le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy menace de prendre le contrôle des institutions catalanes en vertu de l’article 155 de la Constitution. Carles Puigdemont campe sur ses positions et affirme que la déclaration de l’indépendance n’est qu’une question de temps.Les positions de part et d’autre sont maintenues et ne permettent aucune médiation en apparence. Les deux gouvernements, espagnol et catalan, font monter les enchères. À l’heure où nous écrivons le gouvernement catalan a le choix entre décaler la déclaration unilatérale d’indépendance – pour forcer à reprendre le mauvais rôle du camp qui ne veut pas négocier – ou bien tenter le saut dans l’inconnu et la confrontation directe.

Cinquante nuances de gris

Pour autant la situation est plus complexe et moins binaire qu’il n’y paraît. Le noir et le blanc ne peuvent la résumer. Si les grèves et les manifestations en faveur de l’indépendance semblent conséquentes, elles n’en restent pas moins gonflées par la politique du gouvernement catalan.En effet, on peut d’ores et déjà distinguer deux types de cortèges, d’une part celui des militants convaincus et de l’autre, celui des sympathisants poussés bon gré malgré à suivre le mouvement dans la rue suite à la fermeture de leurs lieux de travail. De plus, ce qui désormais doit être questionné, c’est l’horizon politique. La répression de l’État espagnol est certes intolérable, mais cela doit il faire de l’indépendance catalane une perspective galvanisante et progressiste ? L’effervescence est là, mais dans quel but ? Celui d’une énième république bourgeoise, avec comme élément fédérateur le nationalisme ? Que faire des travailleurs Espagnols en Catalogne ? Que faut-il penser des indépendantistes Catalans, qui, non-solidaires d’une Espagne amoindrie, veulent se préserver du virus de la pauvreté ? Les véritables enjeux résident alors précisément dans les conséquences politiques de cette indépendance. Au nom de quoi ? Pour qui ?
Gare à la sacralisation de l’auto-détermination car il restera toujours à savoir à quelle classe bénéficie le privilège de la liberté. La situation changeante et imprévisible ne laisse présager, pour le moment du moins, une réelle initiative de la base de la société. Des espaces de discussions se sont ouverts, et l’idée d’agir directement, avec un agenda propre aux travailleurs et aux secteurs pauvres de la société, fait son chemin. L’indépendance n’étant pas une fin, le combat ne fait que commencer.

Mais ici, une chose est sûre : si la répression s’abat sur le droit des Catalans à s’exprimer, il faudra dénoncer haut et fort dans la rue la voie autoritaire de Madrid et la complicité du gouvernement français.