Revue de presse N° 43

Le Parlement grec adopte un nouveau plan d’austérité après une soirée d’émeutes

LEMONDE.FR | 12.02.12 | 23h52   •  Mis à jour le 13.02.12 | 07h46

 

Des policiers antiémeute prennent position sur la place de la Constitution, devant le Parlement grec à Athènes, le 12 février dans la soirée.

Des policiers antiémeute prennent position sur la place de la Constitution, devant le Parlement grec à Athènes, le 12 février dans la soirée. REUTERS/YIORGOS KARAHALIS

Les députés grecs ont adopté, peu après minuit, un nouveau plan d’austérité alors que le centre d’Athènes était le théâtre d’affrontements violents entre la police et des manifestants opposés au plan. Le vote se poursuivait toujours à minuit heure de Paris, mais le « oui » avait emporté suffisamment de suffrages pour assurer le projet d’une majorité, d’après un décompte effectué par l’agence Reuters.

Plusieurs dizaines de bâtiments ont brûlé, dont deux banques, et au moins une cinquantaine de personnes ont été blessées dans les affrontements très violents entre la police antiémeute, qui a lancé de grandes quantités de gaz lacrymogènes, et des manifestants armés de cocktails Molotov. Plusieurs dizaines de départs de feu ont été signalés, et au moins dix bâtiments ont été détruits par les flammes ; plusieurs partis politiques ont appelé à la démission du ministre de la sécurité intérieure, qui a accusé des groupes organisés d’avoir planifié la destruction des bâtiments.

MANIFESTATION MONSTRE
Au moins 80 000 personnes, selon les estimations de la police, s’étaient rassemblées à Athènes pour manifester devant le Parlement, à l’appel notamment du parti communiste et des principaux syndicats du pays. La mobilisation était la plus importante qu’ait connue le pays depuis des mois. Le plan adopté ce dimanche prévoit des coupes drastiques dans de nombreux budgets, la suppression de 15 000 postes de fonctionnaires et la baisse de 22 % du salaire minimum, ramené à 586 euros brut sur quatorze mois.

Un incendie détruit un magasin durant les émeutes qui ont opposé forces de l'ordre et manifestants contre le plan d'austérité à Athènes, le 12 février.

Un incendie détruit un magasin durant les émeutes qui ont opposé forces de l’ordre et manifestants contre le plan d’austérité à Athènes, le 12 février.AFP/LOUISA GOULIAMAKI

Le premier ministre Papademos a désapprouvé les violences, estimant que « violences et destructions n’ont pas de place en démocratie », peu avant le vote décisif. Qualifiant le plan de « seule solution réaliste », M. Papademos avait appelé les députés à « prendre leurs responsabilités » et à s’engager sur la voie du maintien dans la zone euro.
Etranglée par le poids de sa dette, la Grèce devait impérativement assainir ses comptes pour pouvoir bénéficier du second volet du plan de sauvetage de 130 milliards d’euros, financé par l’Europe et le FMI. Elle doit présenter mercredi à l’Eurogroupe son plan d’économies avant de pouvoir, selon toute vraisemblance vendredi, obtenir le feu vert à la renégociation de sa dette, ce qui inclu l’effacement prévu d’une créance de 100 milliards d’euros.

La potion amère que doit s’infliger la Grèce prévoit des privatisations, une baisse de 22% du salaire minimum.  Le figaro 13 février

Pour recevoir une nouvelle aide de l’Union européenne et du Fonds monétaire international, le parlement grec doit adopter une nouvelle batterie de mesures de rigueur. Depuis le début de la crise en septembre 2009, l’addition des plans d’austérité que s’inflige Athènes dans l’urgence dépasse les 169 milliards d’euros. Certaines sont nouvelles, d’autres ont déjà été votées mais n’ont pas été appliquées correctement. État des lieux.
Flexibiliser le marché du travail
• Pour enrayer la chute du chômage et améliorer la compétitivité de la Grèce, l’Union européenne et le Fonds monétaire international exigent une baisse de 22% du salaire minimum. Pour les moins de 25 ans, la baisse sera de 32%. Le coût du travail doit baisser, de façon globale, de 15% d’ici 2015.
• Suppression des hausses de salaire automatiques, notamment celles engendrées par l’ancienneté.
Économies dans le budget de l’État
• Réduction des frais de dépense des médicaments, pour 1,076 milliard d’euros. Le système de santé grec est très largement déficitaire, une réforme est en cours depuis 2010.
• Baisse du budget de la Défense de 300 millions d’euros. Les dépenses militaires de la Grèce s’élèvent à 4,03% de la richesse nationale, contre 2,43% pour la France.
• Suppression de 500 postes de maires. Une réforme des collectivités territoriales a été adoptée fin mai 2010 et a déjà permis de réduire d’un quart le coût de l’administration territoriale.
• Réduction de 10% des salaires des fonctionnaires bénéficiant de régimes spéciaux. Dès le printemps 2010, les salariés du public ont subi des baisses de salaire.
• Le gouvernement grec doit encore trouver 300 millions d’euros d’économie. Il s’agit de combler le trou provoqué par l’abandon cette semaine de la baisse de certaines pensions retraites, notamment des plus pauvres.
Renforcer le fisc
• La Grèce doit adopter une réforme d’ampleur des services des impôts. Elle va notamment recruter de nouveaux contrôleurs, multiplier les vérifications fiscales, informatiser son système de collecte. Un plan anti-corruption sera mis en place cette année. La fraude fiscale est estimée à 13 milliards d’euros.
Poursuite du programme de privatisations
• La Grèce doit vendre, durant la première moitié de 2012 quatre entreprises d’État (gaz, eau, jeux, pétrole). Gain attendu: un peu moins de 4,5 milliards d’euros. Le gouvernement a pris du retard sur son plan de privatisation, ne collectant que 1,3 milliard d’euros en 2011, pour un objectif de cinq milliards.
Fonction publique
• Athènes va placer 15.000 fonctionnaires dans une «réserve de main-d’oeuvre». Ils seront payés à 60% de leurs salaires. Une mesure similaire avait été adoptée en octobre dernier, mais mal mise en place d’après les observateurs. En Grèce, un salarié sur cinq est fonctionnaire.

Colère en Espagne et au Portugal face à l’austérité

Le Figaro, 12 février 2012 :
Les coupes sociales et les mesures d’austérité provoquent des remous sociaux dans toute la péninsule ibérique. En Espagne, la réforme du marché du travail, adoptée vendredi par décret, a suscité une première vague spontanée de protestation. Au Portugal, c’est l’application du plan de sauvetage qui suscite une mobilisation massive.

Lisbonne, 11 février

À la Puerta del Sol de Madrid, des centaines de personnes se sont réunies vendredi soir pour protester contre la réforme. Qualifié d’«historique» par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, le décret est la dernière tentative de Madrid de freiner l’avancée du chômage, qui semble irrépressible. À 22,85% de la population active, le taux espagnol bat tous les records du monde industrialisé.

L’exécutif entend favoriser l’embauche en rendant les CDI plus attractifs. Outre quelques incitations fiscales, la réforme abaisse les coûts des licenciements et autorise des baisses de salaires unilatérales dès que l’entreprise traverse une mauvaise passe.
Grève générale en suspens
La manifestation de vendredi, non autorisée, a été dissoute violemment par la police alors que les protestataires s’approchaient du Parlement. Les syndicats, critiqués par les manifestants, qui les jugent trop timorés, n’étaient pas représentés Puerta del Sol. Comisiones obreras (CCOO) et Union general de trabajadores (UGT) entendent canaliser la colère sociale dimanche prochain: une «mobilisation générale» est convoquée et des cortèges seront organisés dans toute l’Espagne. La possibilité d’une grève générale, elle, reste en suspens.
Au Portugal, la mobilisation a déjà eu lieu. «La plus grande manifestation depuis trente ans» a rassemblé samedi 300.000 personnes à Lisbonne, selon la CGTP, le principal syndicat. Lors d’un long discours, le secrétaire général de la centrale s’en est pris à la fois à la troïka (Commission européenne, BCE et FMI), chargée de contrôler l’application du plan de sauvetage, et au gouvernement, accusé de soumission. Plusieurs fois, Arménio Carlos a été interrompu par les manifestants lorsqu’il citait le nom du premier ministre, Pedro Passos Coelho. «Gatuno! Gatuno!» («Voleur!»), scandait la foule. Mis également en cause, le ministre des Finances, accusé de porter atteinte à la «dignité» et à la «souveraineté» des Portugais. Lors d’un échange avec son homologue allemand, Vitor Gaspar avait remercié Berlin pour avoir accepté un «ajustement» du plan financier.
Prônant une renégociation de la dette, Carlos a réclamé une hausse du smic portugais, établi actuellement à 485 euros brut. Une nouvelle journée de mobilisation est prévue le 29 février.

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