Revue de presse N° 46

Les élections présidentielles en Egypte

En mai dernier a eu lieu en Egypte le premier tour des premières élections présidentielles post-révolutionnaires, pour laquelle seulement environ 43,4 % des électeurs se sont déplacés, donnant des résultats quelque peu surprenants. (voir note 1)

Amr Moussa, l’ex-Président de la Ligue arabe, cité parmi les favoris, ne termine qu’à la quatrième place, et l’islamiste modéré Aboul Fotouh n’arrive qu’en cinquième position. Beaucoup le voyait comme un candidat d’ouverture, ce qui lui avait valu le soutien des milieux chrétiens et laïques, qui attendaient de lui, en tant que candidat indépendant, une coopération raisonnable, le voyant comme une autorité respectable du fait de sa qualité d’ancien dirigeant des Frères musulmans.
Etonnamment, c’est le candidat soutenu par le Conseil suprême des forces armées (CSFA), Ahmed Shafik, qui arrive en deuxième position. Un quart des électeurs se sont prononcés pour lui, malgré les poursuites dont il fait l’objet pour corruption, et bien qu’il soit perçu comme le représentant de l’ancien régime chassé l’année dernière par la révolution.
Presque personne n’avait prévu que nombres d’électeurs souhaiteraient le retour de « conditions stables », même au prix des libertés personnelles et politiques.
Dans les mois qui ont suivi la révolution, les contre-révolutionnaires ont mené des mouvements qui ont conduit à une insécurité croissante dans toutes les couches de la population, ce qui a amené celle-ci à chercher un homme fort. Ainsi, le CSFA, sans grande résistance de l’opinion publique, a-t-il pu réhabiliter et mettre en orbite l’ancien prévenu Ahmed Shafiq, comme candidat à la présidence.
Avec seulement un point de plus, c’est le candidat des Frères musulmans Mohamed Mursi qui, sans surprise compte tenu de la forte influence des Frères musulmans dans la population, est devenu le candidat « majoritaire ». Avec une appareil aussi discipliné, comme l’a dit le Président du parlement Mohamed al Katatni : « Ils auraient également pu faire élire un chien mort comme président ».
Personnage fâlot et peu charismatique, Mursi fût investi à la dernière minute comme candidat des Frères musulmans, après que le candidat prévu, Khairat Shater fût disqualifié de la course à la présidentielle à cause d’un sursis judiciaire encore en vigueur. Après avoir obtenu la majorité au Parlement, les Frères avaient promis de ne présenter personne à la présidence. Ils ont changé d’orientation à quelques semaines de cette élection et manifesté ainsi sans détours leur volonté de de s’emparer du pouvoir.
La plus grande surprise de cette élection, fut cependant qu’Hamdin Sabbahi (voir note 2) bénéficie de l’engouement de tant d’électeurs et se retrouve à la troisième place. [1]
Sans avoir le soutien d’une machinerie médiatique rodée, ni d’une source inépuisable de subsides, ce nassérien que l’on dit laïque et de gauche modérée, avait convaincu de nombreux électeurs : ils voyaient en lui le seul capable de réaliser les objectifs de la révolution. Il semble que Sabbahi ait obtenu les suffrages de nombreuses personnes modestes et peu politisées qui se sont rendues compte pendant la campagne que tant les Frères que ceux qui soutiennent les candidats ayant l’aval des militaires ne se privent pas pour acheter les voix, et influencer les votes par des faveurs. Ces gens-là ont vu en Sabbahi un « homme propre ».
Avant les élections, les forces du camp révolutionnaires auraient dû faire d’Hamdin Sabahi leur candidat unique. Mais les voix de la gauche et des forces progressistes ont été dispersées entre quatre candidats. C’est ainsi que ces voix, réparties entre les différents courants révolutionnaires ont manqué à Sabahi, qui rate de très peu la possibilité d’être présent au deuxième tour.Beaucoup ne lui donnait aucune chance et ont utilisé leur voix de manière tactique pour un candidat d’une autre couleur politique. C’est ainsi que, par exemple, Aboul Fotouh a reçu une partie des voix du camp révolutionnaire croyant avoir vu en lui un adversaire crédible face à Mursi, qu’ils voulaient éviter à tout prix. Cette erreur d’appréciation de la gauche a coûté à Sabahi les voix précieuses qui auraient pu l’emmener au second tour.
Beaucoup d’électeurs ont été trompés parce que cette élection a été présentée au public comme un choix entre un Etat laïc et un Etat religieux. De ce fait, l’ancien régime et les islamistes ont été vu comme deux pôles présentant les candidats les plus à même d’être élus. Par conséquent, beaucoup de chrétiens et de laïcs ont voté pour Shafiq par peur des islamistes.
Beaucoup de révolutionnaires ont voté Fotouh comme étant le moindre mal à leurs yeux, car ils étaient persuadés que de toute façon, ce serait un candidat islamiste qui gagnerait l’élection. Ils ont fini par prendre conscience que ce qui l’emportait dans la population, c’est que dans cette élection il s’agissait de choisir entre le régime établi et les revendications révolutionnaires, et le succès de Sabahi ne peut s’expliquer autrement. Malheureusement cette prise de conscience est arrivée trop tard pour ne nombreux membres de la gauche, qui auraient aussi bien pu voter pour lui s’ils avaient eu une meilleure estimation de ses chances de succès.
Avec le deuxième tour à la mi-juin entre Ahmed Shafiq et Mohamed Mursi les espoirs de la Révolution se sont définitivement envolés. Beaucoup la considèrent comme une élection « pour le meilleurs des pires ».
La différenciation entre les deux candidats arrivés en tête, entre forces laïques et forces religieuses n’est qu’un affichage public. Les deux candidats représentent le retour de l’ancien régime, voire même sa perpétuation. L’orientation personnelle des candidats ne témoigne que de l’opposition d’ailes différentes à l’intérieur de la classe dirigeante. Nombre de citoyens n’ont pas estimé devoir se mêler de trancher une telle situation par leur voix, et ont montré leur déception par leur non-participation au scrutin. La commission électorale a annoncé une participation 51 %, ce qui montre que seuls les deux camps en présence ont mobilisés leurs partisans respectifs.
Le résultat des élections montre les deux candidats au coude à coude. Bien que les Frères musulmans aient, dès le départ, catégoriquement revendiqué la majorité, les partisans de Shafiq s’y sont opposés en sortant d’autres chiffres. La commission électorale s’est laissée une semaine de délai pour trancher et déclarer le vainqueur. Plus de 400 plaintes pour des irrégularités dans le scrutin ont été déposées devant la Cour suprême, et ce n’est qu’après de longues journées d’attente pendant lesquelles le pays fût comme paralysé, que Mursi a été déclaré vainqueur.
Ses supporteurs sont descendus dans la rue afin de fêter frénétiquement la « victoire », malgré le faible soutien apparent de l’ensemble de la population. Finalement, dans les prochaines années, c’est eux qui influeront sur la politique de l’Egypte.
En tout cas, le rôle de direction de lu CSFA n’a en rien été mis en danger par cette élection. Dans le courant de l’année qui a suivi la Révolution, il était clair pour les Egyptiens que c’était le CSFA qui prenait les décisions, et qu’il avait l’intention de continuer à les prendre.
Qu’après la révolution le CSFA eût repris les commandes était évident du fait du manque d’alternative à la conduite du pouvoir, et cela ne fut qu’à peine remis en cause par la population. Mais au cours des mois il apparut évident que le CSFA voulait annihiler les effets de la révolution à travers certains décrets et lois et ainsi, voulait bloquer le libre développement de la démocratie.
Il ne s’agissait pas non plus d’un « coup d’Etat » lorsque dans les jours précédents, la Cour suprême décida de lever les poursuites contre Shafiq, et de donner suite aux recours contre la légalité du Parlement en dissolvant un tiers du parlement, entrainant de nouvelles élections législatives. Il ne s’agissait que de la suite logique des politiques antérieures menées par les militaires, dont l’implication dans la reprise en main du pouvoir n’avait laissé aucun doute sur leurs intentions de prendre une part importante au pouvoir en Egypte.
La paralysie préventive du pouvoir des Frères musulmans au Parlement n’avait d’autre but que d’assurer la suprématie du pouvoir militaire en prévision de l’élection possible de Mursi à la présidence. Les irrégularités dans les élections législatives sont donc intervenues à propos, permettant au CSFA de prétendre que cette mesure arbitraire permettait même de préserver la démocratie.
Aussi longtemps que le processus démocratique ne sera pas adossé à une nouvelle Constitution, il ne pourra de toute façon pas être question de démocratie en Egypte. Pour le moment, les modifications apportées par le CSFA à la Constitution de 1971 restent en vigueur.
Les quelques tentatives de mise en place d’une commission constitutionnelle qui prendrait en compte les intérêts hétérogènes représentés dans le peuple ont jusqu’à présent échoué. Donc, il n’y a pas eu de changement dans la Constitution et, le CSFA projette maintenant de nommer lui-même les membres de la commission constitutionnelle. Cela montrera si les réformes démocratiques voulues par le peuple pour renverser le pouvoir actuel mais oubliées dans cette réécriture dominée par le CSFA, seront acceptées sans plainte ou contrariées par la résistance.
Même si la Révolution a temporairement perdu, quelque chose a changé par rapport au passé : les Egyptiens n’ont plus peur et considèrent qu’ils ont le droit d’élever la voix. Les prochaines années en Egypte seront le théâtre d’une lutte acharnée entre les camps, et les révolutionnaires devront montrer, malgré le renforcement du système établi, leur opposition à la politique visant à maintenir le pouvoir des militaires et des Frères musulmans. Les temps à venir seront agités.
Malgré leurs orientations différentes, les groupes et parti de gauche doivent, pour les années à venir, se rassembler dans un Front crédible, qui devra proposer une alternative politique claire. Les problèmes urgents auxquels le pays doit faire face ne seront pas résolus par le pouvoir des islamistes, ni par la mainmise des militaires ou des tenant de l’ancien système. Quand la gauche leur proposera une autre perspective, les citoyens pourront se prononcer autrement lors des prochaines élections.
Mamdouh Habashi
Note 1 :
Résultats du premier tour :
Mohamed Morsi (Frères musulmans) : 24,78 % ou 25,31 %
Ahmed Shafik (ancien régime) : 23,66 % ou 23,75 %
Hamdeen Sabahi (Karama, nassériens de gauche) : 20,72 % ou 21,75 %
Abdel Moneim Aboul Fotouh (Frères musulmans dissidents) : 17,47 % ou 17,94 %
Amr Moussa (Ancien régime) : 11,13 % ou 10,97 %
La première source pour le premier tour se trouve sur Wikipedia,
la seconde sur http://www.electoralgeography.com/n…
Résultats du deuxième tour :
Mohamed Morsi : 51,73 %
Ahmed Shafik : 48,27 %


Notes
[1] Opposant résolu aux présidents précédents, Hamdeen Sabahia a connu de nombreuses fois la prison. Se réclamant de Nasser, il avait notamment participé à la fondation du parti Karama et de la coalition Kifaya. Impliqué dans la révolution de janvier 2011, il réclame notamment le départ des militaires du pouvoir, la lutte contre la corruption, ainsi que des mesures de justice sociale, dont l’instauration d’un salaire minimum.
* Traduit de l’allemand par Max Hoeltz et Pierre Vandevoorde.
* Mamdouh Habashi est militant du Parti socialiste Egyptien. Contrairement à ce pourrait laisser penser son nom, ce parti regroupe essentiellement des militants issus de différents courants de la gauche marxiste. Une de ses figures emblématiques est le vétéran communiste Fathallah Mahrous, qui représentait ce parti aux rencontres anticapitalistes de Marseille organisées par le NPA en mai 2011. Le PSE, qui a vu le jour après le départ de Moubarak, est peu présent dans la jeunesse. Il a par contre une influence dans le monde du travail par le biais de militants participant depuis les années 1990 à la construction d’un syndicalisme indépendant du pouvoir.

Grece : on a voté le 6 mai et le 18 juin… et puis après ?

Depuis le début du printemps, le recul des luttes a été l’élément marquant : non pas que celles-ci aient été vaincues – on se rappelle que malgré l’accumulation progressive des mesures anti-sociales catastrophiques pour les travailleurs et leurs familles, la participation aux grèves générales s’est toujours maintenue à un niveau remarquable, mais il semble que l’attente d’une solution politique à ces luttes ait produit son effet, avec l’idée de voter contre les responsables du memorandum et de la politique anti-ouvrière.
En même temps, des luttes importantes ont continué ou continuent, comme dans les hôpitaux ou dans la presse, sans oublier deux luttes importantes : celle des travailleurs/euses du quotidien Eleftherotypia, qui ressortent chaque samedi depuis 3 semaines une édition réalisée par les grévistes – et, même si des divisions exploitées par la direction sont apparues chez les grévistes, c’est une lutte symbolique pour le milieu de la presse et des medias, dominé par des requins liés aux armateurs ou à la construction et piliers des différents régimes. En dehors des licenciements qui ont lieu chaque jour, des milliers de travailleurs/euses y travaillent sans être payés, parfois depuis bien des mois !
L’autre lutte, c’est celle des travailleurs de Halivourgia, entreprise de sidérurgie qui employait 379 personnes au début de la grève, menée contre la décision patronale de licencier 120 personnes. La lutte dure désormais depuis 8 mois, et même si elle rencontre différentes difficultés et a été déclarée illégale le 28 mai, une AG a rassemblé 250 grévistes le 6 juin, dont 204 ont voté la poursuite de leur mobilisation, qui jouit d’un vaste soutien… et du silence de la plupart des medias.
Cette situation de relative mise en veilleuse des luttes – de même, la relance du mouvement d’occupation des places n’a pas trouvé d’écho massif – explique en bonne partie le fait que ’’le débouché politique aux luttes ouvrières’’, en l’occurrence les élections, même si la possibilité de tenir celles-ci a donné lieu à un combat tant il était clair que la bourgeoisie grecque mais plus encore européenne s’en serait bien passée ! – s’est tenu dans un climat plutôt atone. Rien à voir avec les énormes rassemblements des élections antérieures, sans même revenir aux ’’grandes messes’’ du PASOK dans les années 80 ou 90. Le résultat premier, c’est celui d’une abstention croissante, comme le montrent les tableaux plus bas. Phénomène étonnant puisque de là semblait pouvoir venir une solution, mais phénomène explicable en raison de ’’l’offre politique’’ qui semblait en termes de résultats crédibles offrir peu de nouveauté. Or, les deux élections du 6 mai et du 17 juin ont offert bien des surprises, en positif et en très négatif, et même si le système institutionnel sort à peu près préservé de ces deux scrutins, des bouleversements d’ampleur s’y sont produits et changent la donne pour la nouvelle période.

 EVOLUTION DES VOTES ET LECONS DES SCRUTINS

Le tableau ci-dessous permet de voir les évolutions très fortes qui se sont produites entre 2009 et 2012. Afin de bien les comprendre, quelques précisions :
• Le PASOK est le PS grec, fondé par Andreas Papandreou et vainqueur en 1981 des premières élections grecques débouchant enfin sur la victoire d’un parti de gauche. Après le ’’règne’’ d’Andreas et la période du ’’réformateur’’ Simitis (sorte de rocardisme) est venu le successeur Giorgos Papandreou, devenu et 1er ministre en 2009, et déclencheur officiel du processus d’éclatement de la crise, dont les facteurs lui sont évidemment antérieurs (Kostas Karamanlis, le neveu de l’ancien président de la République, a pesé de tout son poids de chef de la droite pour cacher les chiffres réels du déficit et faire continuer les combines !). Par ailleurs, de nouveaux dirigeants sont montés au niveau national, ne s’embarrassant pas de précautions social-démocrates pour insulter les travailleurs et faire progresser le racisme en déblatérant sur le danger des immigrés : les néo-nazis doivent une bonne part de leur actuel succès à des gens comme Loverdos ou Chryssochoïdis…
• La Nouvelle démocratie (ND) est le vieux parti de la droite partagée entre libéraux et réactionnaires classiques (nationalisme, ouverture à la droite extrême…).Son nouveau chef, Antonis Samaras, est un ancien ministre des Affaires étrangères qui aurait pu lors de son exercice provoquer une guerre avec la République de Macédoine. Son discours actuel est bien sûr pour lui aussi centré sur le danger immigré ! A noter : l’intégration ces derniers mois dans la ND de cadres provrnant du groupe LAOS (extrême droite), dont certains proviennent de groupuscules fascistes.
• Le KKE est le PC grec, dirigé depuis une vingtaine d’années par Aleka Papariga. Parti resté très stalinien, sa campagne était basée sur le fait que la seule chose à faire, la seule perspective pour les électeurs, était de renforcer le KKE !
• LAOS est un groupe d’extrême-droite regoupé autour de son chef, Giorgos Karatzaferis. Ces deux dernières années, il ne s’est pas opposé au memorandum et il a donc rejoint l’automne dernier le gouvernement d’union nationale du PASOK et de la ND, se grillant ainsi quasi complètement et ouvrant ainsi lui aussi la porte àun groupuscule cette fois ouvertement nazi , Chryssi Avgi
• Les Grecs indépendants sont un mouvement de droite nationaliste provenant récemment de la ND et se prononçant contre le memorandum… et contre les immigrés. Quant aux écolos, leur dirigeante a mené une campagne active, se prononçant notamment pour l’interdiction de Chryssi Avgi et se plaçant dans une perpective de gauche.
Les résultats des élections législatives :
Le vote est à un tour, sur liste de partis comprenant les noms des candidats qu’on choisit avec un système de croix, ce qui entraîne d’ailleurs une campagne individuelle (coûteuse !) au sein de la campagne, la gauche étant fort réservée sur cet aspect. Si à l’issue du scrutin, il n’y a pas de majorité en sièges (151) pour un parti, le président de la République consulte pour voir si des alliances parlementaires sont possibles. C’est ce qui s’est passé le 6 mai, et comme les différents dirigeants des partis arrivés en tête n’ont pas pu proposer d’alliance dotée d’une majorité parlementaire , un deuxième scrutin a été organisé le 17 juin. Il faut préciser que tous les partis à gauche du PASOK demandent le scrutin proportionnel ! Pour disposer de députés, le parti doit obtenir au moins 3 % des voix, ce qui exclut toujours de représentation une partie plus ou moins large des électeurs/trices. Le tableau qui suit donne les scores des principaux groupes qui se présentaient, mais il faut savoir que pour l’élection du 6 mai par exemple, il y avait nationalement 32 groupes qui se présentaient, parmi lesquels les infinies variantes de la gauche révolutionnaire (maoïstes ML : 0,25 %, trotskystes ex-healistes : 0,1 % ou ayant rompu avec la IVe Internationale : 0,03 % …) !

Oct 2009 6 mai 2012 17 juin 2012
abstentions 29% abst 35,1 % abst 37,5 %
PASOK 43,9 % & 160 sièges 13,2 % & 41 sièges 12,3 % & 33 sièges
ND 33,5 % & 91 18,8 % & 108 29,7 % & 129
KKE 7,5 % & 21 8,5 % & 26 4,5 % & 12
LAOS 5,6 % & 15 2,9% 1,6 %
 SYRIZA 4,6 % & 13 16,8 % & 52 26,9 % & 71
 Écolos 2,5 % 2,9 % 0,9 %
 ANTARSYA 0,36 % 1,19 % 0,33 %
CH. AVGI 0,29 % 6,97 % & 21 6,9 % & 18
GRECS IND 10,6 % & 33 7,5 % & 20
DIMAR 6,1 % & 19 6,3 % & 17

QUELQUES COMMENTAIRES SUR LES RESULTATS
1- Bien sûr, le vote du 6 mai a constitué un véritable séisme électoral. Mais avant d’en voir le détail, il faut préciser qu’en tenant compte de tous les groupes qui se présentaient et du nombre de voix obtenues par chacun, ce sont au total 19 % des votes exprimés qui n’ont pas été représentés au Parlement ! Le 17 juin, seulement 6 % ne sont plus représentés : c’est dire toute la pression du vote utile intervenue entre les 2 scrutins, comme on le voit avec les votes en baisse pour ANTARSYA ou pour les écolos.
2- Le vote du 6 mai est une condamnation qui aurait dû être sans appel des partis du memorandum : les 3 partis du gouvernement ’’d’’union nationale’’ formé en automne y perdent des pourcentages de voix comme on le voit rarement à une telle échelle, par rapport à 2009, pour un total d’environ 6,5 millions de votants (inscrits : environ 10 millions). La ND passe de 2,29 millions de voix à 1,19. Le LAOS de 386.200 à 183.400 et à 97.000 en juin, mais c’est le PASOK le grand perdant, ouvrant une perpective fondamentale pour les mois ou années à venir : il passe de 3,01 millions de voix à 833.500 en mai et 755.800 en juin ! Phénomène impressionnant que ce délaissement du parti dominant des 30 dernières années par ses électeurs/trices, qui jusqu’ici avaient fait de telles menaces dans les sondages (SYRIZA s’était laissé prendre au piège de l’euphorie sondagière en sa faveur il y a quelques années), mais n’étaient jamais passés à l’acte. C’est dire la profondeur de la crise telle qu’elle est vécue par la très grande majorité de la population.
Evidemment, ce séisme amène toutes sortes de questions :
• Sur la possibilité de redressement, même partiel : si sa direction autour du très droitier et bavard Venizelos a choisi la prudence en participant au nouveau gouvernement de Samaras sans y envoyer de représentant direct, il semble que tant la consistance politique de l’actuelle direction, défenseuse farouche des intérêts bourgeois (Venizelos, Loverdos, Chryssoïdis, Diamantopoulou etc …) que les prises de distance d’un certain nombre de dirigeants syndicaux empêchent toute possibilité que le PASOK puisse se redresser dans les mois qui viennent
• Sur les perspectives syndicales : les directions de la Confédération unique (GSEE) et de la Fédération du Public (ADEDY) sont à majorité PASOK. Si on a vu ces directions savoir manier un langage gauche tout en empêchant une transformation des mobilisations en grève générale reconductible, il est possible que des prises de distance se multiplient. Déjà, on a vu des dirigeants bureaucrates et connus comme tels de grosses fédérations (DEI : organisme de l’électricité ; OTOE : fédé des banques) délaisser l’actuel PASOK et se rapprocher de SYRIZA… Ce phénomène n’est pas à négliger dans un contexte où la gauche radicale et anticapitaliste s’interroge sur la possibilité de passer des coordinations de syndicats de base à la création d’un syndicat de lutte. De même, l’un des prétextes au courant PAME du KKE dans la GSEE, pour en faire peu à peu un syndicat opposé (et manifestant loin des autres cortèges), est la main mise et la ligne imposée par le PASOK dans GSEE et ADEDY : d’éventuelles évolutions favoriseraient peut-être des cadres syndicaux unitaires … à condition de ne pas être controlés par des bureaucrates, même relookés !
• Sur la structuration politique des ex-électeurs/trices du PASOK. Cet aspect intéresse évidemment toute la gauche, mais deux partis ont pris les devants : SYRIZA (voir ci dessous) et DIMAR. DIMAR est une scission droitière de SYRIZA, emmenée par l’ancien cadre dirigeant Kouvelis. Ce qui est intéressant avec DIMAR, c’est son échec, preuve de la radicalisation qui s’est opérée avec les luttes contre le memorandum et la troïka. Son pari est le même que celui de la direction du Synaspismos : un espace s’ouvre pour ’’récupérer’’ les voix du PASOK, et son analyse est celle d’une adaptation ’’social-démocrate’’ pour ne pas effrayer ces électeurs déçus : pari largement perdu, car la colère populaire est telle que justement, des millions de travailleurs/euses et de jeunes veulent des solutions radicales pour rompre avec la troïka et le memorandum ! Le résultat est qu’il n’y a guère de place pour DIMAR, malgré la sympathie dont jouissait Kouvelis, et d’ores et déjà, DIMAR a un problème de survie politique que dans un premier temps, il a cru résoudre en participant lui aussi à la manière du PASOK au gouvernement de Samaras, et cela alors que DIMAR se dit contre le memorandum !
3- L’évolution la plus inquiétante du scrutin du 6 mai, confirmée par celui du 17 juin, est l’apparition d’un vote assez fort pour un groupe ouvertement nazi, Chryssi Avgi (Aube dorée) composé de petites frappes issus des flics, des agents de sécurité de boîtes mafieuses et d’un noyau de malades ne jurant que par Hitler, tout ce ramassis formant tout simplement un groupe de tueurs qui multiplient les agressions contre les immigrés et commencent à s’en prendre aux militant-e-s des partis ouvriers. Ce qui est impressionnant, c’est la relative stabilité entre les deux élections. Leur score du 6 mai pouvait s’expliquer par un effet surprise : les medias ne s’intéressaient â eux, plus grave, les organisations ouvrières non plus, et la tactique de ce groupuscule était double : multiplier des opérations contre les immigrés , en les expulsant de leurs appartements – avec le soutien à peine tacite de certains policiers – et organiser des opérations ’’mains propres’’’ de remise publicitaire de l’appartement à son propriétaire qui parlait ainsi autour de lui de ces ’’braves jeunes gens’’ qui ’’savent comment empêcher les immigrés de faire leur loi ’’…
Propagande du bouche à oreille et sur fond de rumeur, mais s’appuyant sur deux réalités : un racisme d’Etat promu par des ministres du PASOK mettant en cause les immigrés comme important des maladies, créant des problèmes de sécurité… Et l’impunité dont bénéficient les racistes et les nazis en Grèce : nier l’holocauste ne pose aucun problème, publier des journaux glorifiant Hitler et pratiquer le salut nazi sont sans problème, et on a vu depuis des années les MAT (CRS) et les petites frappes nazies charger les manifestants sans que les policiers ne soient sanctionnés. Résultat : 441 000 voix le 6 mai, et le soir même, une espèce de bouffon (élu député…) ordonnant au xjournalistes de se lever pour honorer le führer local, condamné dans les années 70 pour terrorisme ! Quelques jours plus tard, un autre dirigeant du groupe frappait en pleine émision télé une députée du KKE : les images ont fait le tour de la Grèce et même du monde, et on devait s’attendre, pour des raisons de façade démocratique, à une chute des votes pour les nazis. En fait, le 17 juin, ils recueillent 426.000 voix, donc quasiment le même score. Pire, ils font ce score en perdant 25 % de leurs électeurs du 6 mai, votant cette fois pour ND (17 %) et SYRIZA (8 %) : en exposant leur vrai visage à tout le monde, ils ont donc gagné pas loin de 100.000 nouveaux électeurs/trices !
On comprendra que la situation est inquiétante, quand on voit qu’ils réussissent des scores importants dans certaines banlieues populaires : 9,3 au Pirée zone 2, 9,06 dans la région électorale d’Attique, 16 % dans la banlieue ouvrière d’Aspropyrgos et 10 % dans celle d’Elefsina. En province, ils réussissent quelques scores : 10,9 dans la très réactionnaire Laconie (Sparte) et 10 % en Corinthie.
Pour le moment, ce groupe reste potentiellement un groupuscule : ses coups de mains sont souvent une manipulation de jeunes encadrés par un adulte, membre du groupe. Mais le vote du 17 juin, les possibilités d’organisation que vont lui donner ses élus et la législation qui leur accorde l’impunité en font une menace à contrer au plus vite, d’autant qu’on voit avec ce vote populaire dans des quartiers laminés par le chômage que la structuration ’’classique’’ d’un mouvement nazi, favorisé par une partie de la bourgeoisie qui y trouverait son intérêt, fait partie des possibilités de la période.
On peut même penser qu’un véritable choix a déjà été opéré par une fraction de la bourgeoisie et de l’appareil d’état : à côté des complicités évidentes entre flics et nazis, on ne peut qu’être révolté par l’impunité dont bénéficient ces criminels : report de procès accordé au voyou qui a frappé la députée KKE et qui est accusé pour une agression à main armée antérieure, relâche de 7 des cogneurs de Verria (ville du nord, dont la population juive avait été envoyée dans les camps de la mort par les nazis) qui ont été formellement identifiés comme ayant effectué une descente armée dans un café de la ville tenu par un militant de gauche… qui a été inculpé ! Dans la banlieue ouvrière de Nikaia, les nervis ont été véritablement embauchés par des petits propriétaires grecs pour aller intimider les commerçants égyptiens établis depuis plus de 20 ans… A la campagne, l’étude des évolutions montrant que dans pas mal d’endroits les anciens votes LAOS se sont reportés en masse sur Chryssi Avgi laisse supposer des pressions ’’amicales’’ des centres de police, qui peuvent encore faire ici ou là la pluie et le mauvais temps .. Tous ces exemples tendent à s’interroger sur l’existence possible sinon d’un plan, au moins d’une concertation entre différents secteurs de la bourgeoisie pour se servir d’une véritablemilice fasciste dans cette période de radicalisation.
4- Très grand succès de SYRIZA : c’est là la bonne nouvelle, même si c’est en même temps une grande surprise, y compris au sein de SYRIZA, composé rappelons-le du parti réformiste SYNASPISMOS, de plusieurs groupes révolutionnaires, et de personnalités, regroupées ou pas dans de petites assocations, comme l’infatigable militant anti-nazi Manolis Glezos, qui décrocha le drapeau nazi de l’Acropole en 1941.
La surprise vient de 2 éléments : l’état interne de Syriza, traversé par un certain nombre de crises dont la plus marquante avait été la prise de distance du prédécesseur d’Alexis Tsipras à la tête du Synaspismos, Alekos Alavanos, pouvait faire douter de sa capacité à être crédible comme alternative à gauche. De plus, passer en 3 ans de 4,6 % à 16,8 % est à faire pâlir d’envie un Front de Gauche en France. On le comprend : une grande part des électeurs/trices du PASOK a donc choisi de voter SYRIZA. Et cela supposait deux conditions : d’abord, une colère qui pouvait se reconnaître dans une organisation identifiée aux luttes syndicales, mais aussi aux rassemblements des indignés et autres formes de protestation populaires – et SYRIZA, même si bien sûr il n’est pas le seul mouvement à lutter sur tous ces terrains-là, est identifé à ces luttes, avec le bénéfice d’une image connue, avec son groupe parlementaire, petit mais permettant par exemple d’être régulièrement cité et interrogé dans les medias, à la différence par exemple d’Antarsya, le regroupement anticapitaliste qui dispose peut être du même nombre de militant-e-s sur le terrain, mais reste nationalement pas très connu.
Mais la vraie différence dans ce contexte, c’est le message politique qu’a fait passer SYRIZA, en réponse au débouché politique dont nous parlions au début : avancer la formation d’un gouvernement de gauche pour rompre avec le memorandum. Et le fait que dans un contexte de division à gauche, avec des réponses sectaires du KKE ne parlant que de lui ou du désastre, et une réponse inadaptée d’ANTARSYA appelant seulement aux luttes, 1,06 millions de travailleurs/euses aient voté pour SYRIZA montre la force qui s’est mobilisée pour avancer et se donner les moyens d’avancer dans cette voie.
Plus fort encore, le vote du 17 juin est une confirmation éclatante : dans un contexte de folie sur la ’’peur du rouge’’, scandée sur tous les tons à chaque instant en provenance des medias grecs, des commissaires européens, de Hollande ou Obama, avec à gauche un KKE qui cette fois collait des affiches contre Syriza, la coalition réformiste-radicale a obtenu 1,6 million soit 600.000 voix de plus que le 6 mai. Et surtout, l’enjeu était clair : la possibilité que soit élu dans un gouvernement européen une force porteuse de revendications radicales, avec toute la dynamique possible.
Dans ce contexte, bien sûr la victoire de la droite donne du répit à la bourgeoisie et constitue une défaite par rapport à une occasion rarement présente : la victoire d’une gauche radicale dans un contexte de mobilisation, qui se serait traduit le18 juin par une vague de mobilisations croissantes pour une politique au service des travailleurs. En même temps, le vote du 17 juin n’est pas ressenti seulement comme une défaite, et il ouvre une période où les discussions unitaires sur les perspectives politiques sont d’autant plus importantes que le gouvernement n’est pas malgré la victoire du réactionnaire Samaras en position de force, et cela pas seulement parce que le PASOK et DIMAR ne vont rien faire pour trop l’aider. Populiste indécrottable, Samaras a usé de démagogie en promettant qu’il ne permettrait pas de nouvelles baisses de rémunérations : bien sûr, l’UE se charge de le rappeler, celles-ci sont promises à de nouvelles coupes, et on attend le passage de la troïka la semaine prochaine… D’où l’urgence non seulement de préparer les cadres de front unique, mais aussi d’ouvrir des perpectives de solutions politiques victorieuses.
L’examen des résultats de SYRIZA montre d’importants changements, dont la suite dira s’ils sont profonds ou provisoires, et cela aussi bien par rapport au PASOK que par rapport au KKE : Syriza devient le premier parti dans des fiefs du PASOK comme la Crète (dans toutes les régions), l’Achaïe (Patras, fief des Papandreou), à Samos (dominé par le KKE). Surtout, dans la première région et en nombre d’habitants et en travailleurs/euses, l’Attique, SYRIZA arrive en tête (31 % dans Athènes zone 2, 36,3 % au Pirée zone 2, 30,2 % dans le reste de l’Attique), où on vérifie aussi à quel point le vote de classe est ancré (plus de 58 % pour la gauche au Pirée zone B). Dans bon nombre de banlieues ouvrières , Syriza dépasse, pafois de loin, les 30 %.
C’est donc encourageant.
Pour autant, et même si on peut dire que glabalement , il n’y a pas eu d’erreur majeure de Syriza, les faiblesses sont là : la principale est certainement celle apparue dans la campagne pour le vote du 17 juin : le memorandum n’était plus systématiquement à abroger mais pouvait être rediscuté, pour la dette, on demandait un délai, non plus son annulation. Le jour du meeting central à Athènes, retransmis par les télés, Tsipras n’a pas dit un mot sur le gouvernement de gauche, thème porteur du 6 mai, c’est à dire n’a pas lancé une bataille concrète et crédible sur la possibilité d’engager une mobilisation en direction du KKE et d’autres forces pour former un gouvernement d’urgence sociale dès le 18 juin. Pas un mot non plus pour appeler à la mobilisation anti-fasciste. Reculs ’’réalistes’’ qui ont peut être fait douter de la volonté de la direction de Syriza d’aller à l’épreuve de force et qui renvoient au problème de fond : plus de 8 ans après sa fondation, la ligne politique de ce regroupement reste déterminée par sa composante ultra-majoritaire, Sysnaspismos, et les groupes révolutionnaires n’arrivent pas à y imposer une dynamique anticapitaliste.
Les déclarations de Tsipras sur l’opposition honnête qu’il compte mener face à un gouvernement aux ordres de l’internationale malhonnête renforcent cettte tendance réformiste et institutionnelle propre àu Synaspismos.
5- LA CAMPAGNE ET LES SCORES D’ANTARSYA
Le regroupement anticapitaliste Antarsya, composé de plusieurs organisations révolutionnaires dont ses deux principaux partis en Grèce, le NAR et le SEK, avait décidé de candidatures pour le 6 mai. Campagne battante, même si l’absence de mobilisation nationale a pesé de même manière qu’en France pour le NPA. Les résultats sont cependant le triple de 2009 : 75.400 voix, avec des scores supérieurs à la moyenne à Lefkada (3,08 %), à Chania en Crète (1,64) ou Preveza (1,63), à Iannina (1,77 %) et 1,50 sur Athènes.
Ces scores ont fondu lors du vote du 17 juin, polarisé entre Syriza et la ND, et bien des sympathisant-e-s ont expliqué soutenir plus que jamais Antarsya, mais voter utile en choisisssant SYRIZA.
Au-delà de ces chiffres, ce qui est important, c’est que la campagne a bien été conçue sans sectarisme, avec une conscience claire qu’il ne fallait pas attendre de bons résultats, mais s’appuyer sur les possibilités d’une campagne nationale pour appeler à la poursuite des mobilisations. En même temps, c’est là le point faible, Antarsya s’est peu préoccupée des réponses politiques centrales dans la période, et en particulier des réponses en termes de gouvernement, d’attitudes par rapport à des gouvernements du type Syriza. Comme on vient de le dire, le caractère de la période fait qu’il faut sûrement se proccuper concrètement de ces questions et engager des campagnes sur ce terrain, en appelant par exemple à l’unité d’action SYRIZA/KKE/ANTARSYA.

 DÉFINIR DES PRIORITÉS

• Bien sûr, la lutte antinazie est désormais centrale, et il convient de ne plus attendre. Déjà des mobilisations locales ont eu lieu ou vont se dérouler : à Perama, banlieue où les nervis ont attaqué chez eux des Egyptiens installés en Grèce depuis très longtemps, 1000 manifestants ont riposté. A Kallithea, plusieurs manifestations avec à chaque fois au minimum plusieurs centaines de personnes ont été les premières réponses aux agressions auxquelles se livrent quelques nazis impunis. Le problème se pose surtout en ce moment à l’échelle nationale : quel mouvement engager, quelles revendications (débat sur l’interdiction, rendue plus difficile avec des tueurs comme Kasidiaris élus députés), et hésitations entre les associations. Ce qui est sûr, c’est que dans un pays qui s’est délivré tout seul des nazis auteurs de nombreux massacres dans les villes et les villages, une mobilisation nationale autour des villages martyrs pourrait renforcer la dynamique à l’œuvre
• Mais sur ce terrain comme sur bien d’autres, ce qui sera déterminant, ce sont les luttes ouvrières, seules à même d’isoler les fascistes et de les couper d’une éventuelle influence populaire. On retrouve ici les mêmes problèmes que ceux rencontrès ces dernières années, mais ce qui est nouveau, c’est que la percée de SYRIZA, les reculs du KKE et la résistance sur le terrain des forces d’ANTARSYA peuvent permettre d’avancer sur le thème de l’auto-organisation et de la coordination des luttes
• Enfin, la démarche de cadres de Front unique doit s’accompagner d’une volonté de discuter avec les forces anticapitalistes non regroupées dans ANTARSYA, comme le groupe DEA ou KOKKINO, membres de SYRIZA. Renforcer la gauche anticapitaliste dont les forces sont importantes en Grèce est indispensable pour avancer sur les deux priorités prédédentes.
Athènes, le 1 juillet 2012
Tassos Anastassiadis et Andreas Sartzekis