Saudade ( S. TOMITA) 2011

 

Enfin sur Nantes: Cinéma Concorde (Quartier Zola)

 

Projeté au festival des Trois Continentsce film est une révélation à plus d’un titre, et puisqu’il vient d’être primé de la montgolfière d’or, sa sortie probable en 2012 mérite qu’on s’y attarde. Le réalisateur et le scénariste nous montre le vrai Japon, loin des stéréotypes, dans une petite ville qui ressemble à tant d’autres Kôfu; il s’agit de filmer avec tendresse et exigence les milieux populaires, les aspirations brisées et les élans dans une vie scandée par le rythme du travail, les quelques illusoires échappatoires des plaisirs faciles et la création musicale pour une partie d’entre eux. Une plongée dans le prolétariat moderne japonais, coloré par l’influence d’immigrants brésiliens (descendants de japonais émigrés au Brésil il y a deux siècles, et qui peuvent postuler au retour par le droit du sang), de jeunes prostitués thaïlandaises fuyant la misère, et de travailleurs japonais, vieux et jeunes, vivant tous la précarité. Les portraits qui défilent nous montrent, avec nuance et délicatesse, les positionnements possibles, la matière humaine face à la crise économique. Le racisme (entre qu’est ce qu’être japonais et la recherche de boucs émissaires), la culture hip hop (une scène de concert et une « battle » remarquablement traitées) , la sexualité et l’amour, la quête de l’argent ou son refus absolu, être femme et être libre à quel prix, la démocratie électorale clientéliste (sobrement les rouages essentiels du systèmes sont exposés et l’arrivisme décrit au vitriol), et la solitude des adultes qui contrastent avec les retrouvailles festives et collectives des plus jeunes.

Les deux créateurs ne vivent pas de leur art: le premier est chauffeur de poids lourds en semaine, l’autre travaille dans un salon de bronzage et parfois dans une concession de motos. Les deux acteurs principaux sont d’ailleurs ouvriers du bâtiment. La rencontre avec ce quartier, ces futurs acteurs, cette population immigré sont le fruit de leur vie concrète; c’est au cours de son travail de livreur que l’idée de construire la trame du film a vu le jour pour le scénariste.  Leur regard et leur maitrise formelle, à tous les deux, produisent un petit bijou qui casse les clivages entre le documentaire (dont ils sont issus) et la fiction. Les deux discussions que nous avons pu avoir avec eux ont été des plus instructives sur les relations entre la création, cette sensibilité sociale, et pour tout le dire cette révolte, partagée de Tokyo jusqu’ici. Le retour de ce film l’année prochaine ne doit pas être manqué. (Bientôt nous éditerons l’entretien avec ces deux cinéastes, puisque leur engagement va bien au delà du simple regard critique).

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