Veut on vraiment une police de proximité ?

603288C1-678F-4090-9F99-5EB3F4D7F2FB
Le 18 octobre dernier, Emmanuel Macron a réuni 500 gendarmes et policiers à l’Élysée pour annoncer le déploiement d’une nouvelle politique en matière de police. La « police de la sécurité du quotidien » (PSQ) vise à rapprocher les forces de l’ordre des citoyens, dans les quartiers, pour être proche des populations dites « sensibles ». Cette police de proximité qui cache son nom risque d’être aussi efficace que celle mise en place par la gauche dans le passé, sous Jospin, puis retirée par Sarkozy lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Cette réforme de la police s’était traduite par des mesures minimes, aujourd’hui Macron vise à soulager les policiers en confiant certaines tâches administratives à des entreprises privées pour que les forces de l’ordre puissent s’adonner à ce qu’elles préfèrent : fliquer.
Il est tout à fait juste de se demander si nous devons laisser l’État confier des compétences de la police à des entreprises privées.
Jupiter balance la foudre
Emmanuel Macron ne s’en cache pas, cette police sera à destination des quartiers populaires, des « territoires prioritaires du point de vue de l’insécurité ». Les mots sont clairs, il s’agit de patrouiller plus dans ces quartiers pauvres, que le pouvoir regarde et traite avec un mépris assumé. Le rôle de la police dans ces zones serait double : dissuader et réprimer. Bien loin de l’image de carte postale qu’on pourrait se faire d’une police de la sécurité du quotidien, une sorte de police à l’anglaise imaginaire avec de drôles de chapeaux, des policiers à l’écoute de la population, proches des gens, l’axe de la PSQ est agressif, il s’agit d’une stratégie d’affrontement avec les jeunes de quartiers. Il faut atterrir à Birmingham ou Clichy la police n’a d’autre fonction que de garantir l’ordre établi.
Depuis de nombreuses années, les relations entre la police et les jeunes des ces quartiers populaires se sont dégradées, les émeutes de 2005 témoignent d’une réelle rupture entre les forces de l’ordre et la population, une grande méfiance s’est érigée entre ce qui s’apparente aujourd’hui à une guerre silencieuse qui cache son nom. Les policiers menacent et insultent les jeunes, qui en retour n’ont d’autre issue que la riposte, parfois physique. Même si de telles émeutes n’ont pas eu lieu depuis 2005, des éléments comparables surviennent régulièrement, à la suite d’une « bavure », comme l’histoire du jeune Théo, victime d’agression sexuelle de la part des forces de l’ordre, ou encore récemment le cas d’une enquête bâclée sur la mort d’un jeune homme dans une cave d’Aulnay-sous-Bois, les tensions se transforment vite en affrontements et il suffit d’une étincelle pour que plusieurs nuits d’émeutes nous fassent retourner 12 ans en arrière.
Au lieu d’apaiser le climat et de tenter de combler les lacunes sociales dans ces quartiers sensibles, l’État compte bien revenir en force, affronter des jeunes de plus en plus abandonnés à eux-mêmes, matraque en main, Flash-Ball à l’appui.
Des sous, pas des coups
Ce qui manque réellement dans ces quartiers, ce sont les moyens, les écoles, même si elles bénéficient de budgets supplémentaires, ne peuvent combler à elles seules les fossés qui se creusent à la périphérie des villes. Les quartiers ghettos, où le chômage est le plus fort, n’ont pas besoin de plus de policiers, ce qu’il leur faut ce sont des issues, des rêves, du travail, de quoi vivre décemment et s’épanouir. Les taux de délinquance élevés dans les quartiers pauvres sont bien le résultat de politiques sociales désastreuses. Alors soit nos dirigeants ne sont pas au courant qu’on ne rend pas la vie des gens plus facile avec des matraques, soit ce qui fait que ces quartiers sont toujours plus renfermés et deviennent des zones d’affrontement résulte de choix politiques volontaires, la deuxième hypothèse semblant la plus sérieuse.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *