Vive la lutte des travailleurs du monde arabe!

Ce 17 décembre 2010, il y a deux ans qu’un vendeur ambulant tunisien nommé Mohammed Bouazizi déclenchait par son suicide les révolutions arabes. À l’occasion de l’anniversaire, les commentateurs occidentaux dresseront sans doute de ces dernières un sombre bilan : guerre civile en Syrie, islamistes élus en Tunisie et en Égypte, lesquels affichent ouvertement leur intention d’établir des régimes basés sur la charia, avec à la clé un recul des droits des femmes et de la liberté d’expression si chèrement conquise. Ils omettront de dire qu’en réalité nos propres dirigeants comptent sur les Frères musulmans égyptiens ou leurs équivalents tunisiens d’Ennahdha pour « stabiliser » le pays et relancer les affaires. Si par-dessus le marché, ces derniers pouvaient accréditer l’idée que le peuple va à la catastrophe quand il se révolte, ce serait toujours ça de pris ! En revanche, personne ne peut faire l’impasse sur ce fait : la révolte est toujours là, les luttes sociales continuent. Égypte : échec pour le président Morsi Le candidat des Frères Musulmans a été élu président en juin dernier, mais ceux-ci ont perdu des voix par rapport aux élections précédentes. Morsi a donc tenté un coup de force : s’arroger des pouvoirs quasi dictatoriaux par décret. Il a dû reculer : des centaines de milliers de manifestants ont déferlé dans le pays. Ses partisans ont attaqué ceux qui avaient réoccupé la place Tahrir, berceau de la révolution, mais en riposte plusieurs locaux de son parti ont été incendiés à Alexandrie, ou Ismaïlyah. Et même si Morsi s’arrangeait pour avoir une majorité de Oui dans les urnes, bien plus important est le fait que le pays connaît depuis l’automne la vague de grèves la plus importante de son histoire : 2 000 rien qu’en septembre et octobre ; 20 % des entreprises privées touchées en novembre. Les syndicats indépendants sont passés de 4 sous Moubarak à 800 aujourd’hui. Ils regroupent 3 millions de membres ! Cela malgré la répression : prison ou amendes atteignant parfois 100 ans de salaire. Tunisie : nouvelle vague de grèves Le soulèvement de la ville de Siliana au début du mois montre que le discrédit guette aussi Ennahdha. Impuissant à endiguer les grèves, le gouvernement de Jebbali a cédé 6 % d’augmentation des salaires dans le public et le privé. Mais l’encre n’avait pas séché que les dirigeants du syndicat UGTT étaient attaqués par des milices islamistes autoproclamées « Ligue de Protection de la Révolution ». Sans que le gouvernement ne trouve à y redire… Dans un premier temps du moins, car deux jours après, le jeudi 6 décembre, plusieurs villes (Sfax, Gafsa, Sidi Bouzid…) ripostaient par des grèves générales locales. Mais la direction nationale du syndicat UGTT qui avait parlé d’organiser une grève générale l’a finalement annulée au dernier moment, en échange d’un vague engagement du gouvernement à poursuivre les agresseurs en justice. La colère de centaines de militants a montré qu’ils n’étaient pas dupes de ce double jeu. Et ce lundi à Sidi Bouzid le président a été conspué aux cris de « dégage, dégage ». Les travailleurs ont la clé de la situation Ce sont ces milliers et milliers d’ouvriers éveillés à la lutte de classe depuis deux ans qui sont l’espoir de ces révolutions. Eux seuls peuvent arracher le pouvoir économique des mains des patrons locaux… et occidentaux ! Ce faisant, ils ouvriraient une voie à l’ensemble de la population pour se réapproprier les richesses du pays, produire en fonction de ses besoins, mais aussi prendre le pouvoir politique, tant aux islamistes qu’aux autres politiciens louchant sur les postes. D’ailleurs, en Tunisie comme en Égypte, une partie des grèves a déjà pour objectif la révocation pure et simple de directeurs d’entreprises ou de tel ou tel gouverneur. C’est notre intérêt à nous aussi, travailleurs d’ici, que les luttes de nos frères de l’autre côté de la Méditerranée soient victorieuses. Tant nous avons souvent les mêmes patrons, tant leur combativité est un exemple pour nous tous.

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